AESMAH, samedi 10 Novembre 2012, Moko, Lyon

Par Raph
Animateur de Noise Pollution (Emission Métal tous les vendredis 20-21h sur RADIO CANUT 102.2FM Lyon), je me suis lancé, il y a environ un an, dans l’élaboration d’une rubrique hebdomadaire : « Support your local Team ». Le concept : faire un focus sur un groupe de la scène locale tout en proposant une modeste promo au niveau de la radio.
Après une année de rubrique, j’ai pu découvrir (et je l’espère, faire découvrir) nombre de formations talentueuses mais malheureusement méconnues, toutes issues de la région Rhône-Alpes. Je m’en doutais un peu mais j’en ai la confirmation : cette scène locale est particulièrement riche, variée et surtout de grande qualité.
Un des plus beaux joyaux découverts cette année répond au doux nom d’AESMAH.
Ce quatuor lyonnais évolue dans un Death technique, quelque part au croisement entre SEPTIC FLESH, OPETH, INSOMNIUM et DEATH TRANQUILITY. AESMAH a su ingurgiter et assimiler toutes ces références pour nous proposer une vision personnelle d’un Death mélodique particulièrement accrocheur.
Le groupe nous a déjà proposé 2 EP de très haute volée (« Hegemony » en 2009 et « [Imeria] » cette année). Très travaillés, ces 2 enregistrements regorgent de perles Death qui font mouche. Bien entendu, il y a encore quelques petits imperfections (production un peu en dessous, voix à l’accent un poil franchouillard…) mais absolument rien de rédhibitoire, en tout cas, rien qui n’empêche d’apprécier le talent d’AESMAH.
Après une première découverte en Live lors du Soutien Metal Fest en février, le concert au Moko du 10 novembre était donc l’occasion de recroiser sur scène ce groupe prometteur.
Le Moko est un pub lyonnais situé non loin de la place des Terreaux, équipé d’une cave qui permet d’organiser des « petits » concerts. Notamment, j’avais assisté à la prestation de CAUCHEMAR dans cette salle. Le souci du Moko (inhérent à la plupart des petites structures de ce type) est la sonorisation qui peut s’avérer catastrophique. Mes oreilles saignent encore suite à la prestation de SANCTUAIRE en ces lieux en première partie de CAUCHEMAR.
En ce samedi veille d’armistice, j’arrive donc sur place un peu après 20h00, prêt à en découdre. A ma grande surprise, les concerts n’ont pas encore commencé. Pourtant, 4 groupes sont à l’affiche ce soir : ce qui me parait beaucoup. Du coup, pour que tout ce petit monde puisse jouer dans de bonnes conditions, le timing risque d’être un peu serré.
Autre point : Malheureusement, il n’y a pas foule (en dehors des proches des musiciens)

 

CLASSICAL
CLASSICAL, un groupe de Rock qui tâche (comme son nom ne l’indique pas) est le premier à monter sur scène. Les 3 musiciens ne doivent pas avoir 50 ans à eux 3, mais ça ne les empêchent pas d’envoyer gravement.
La musique n’est pas révolutionnaire, mais ça joue bien. Et la bonne humeur est bien présente.
Le chant est partagé entre le guitariste (et son bô tee-shirt des RAMONES ! C’est bien de rendre hommage aux grands anciens) et le talentueux batteur. Les gars sont heureux d’être là (ils ne doivent pas avoir beaucoup de concerts au compteur). Le public est essentiellement composé des copines des musiciens et des potes. Forcément, la connivence entre tout ce petit monde est franche. Du coup, les private Jokes fusent entre les morceaux.
Je m’interroge juste sur la pertinence de leur présence sur l’affiche d’aujourd’hui. Car, CLASSICAL nous gratifie d’un set très rock n’ roll et forcément très en décalage avec le reste de l’affiche.
Néanmoins, je passe un bon moment, à taper du pied.

 

NIGHTMARES &ND COMEDY
Le changement de plateau est comme je le craignais assez long … Je commence à regarder ma montre avec inquiétude, et à faire mes calculs. Ça va être juste pour que je puisse voir l’intégralité des 4 concerts, mes contraintes de transport en commun étant assez tendues (dernier bus : 0h32)
Le groupe suivant, NIGHTMARES &ND COMEDY, nous vient de Roanne, et évolue dans un style plus proche de celui de la tête d’affiche, un metal symphonique fortement teinté de prog.
Les 5 musiciens se massent sur la scène microscopique du Moko. La claviériste est même obligée d’installer son instrument devant l’estrade.
Bel effort vestimentaire, les musiciens semblent incarner de sombres avatars issus de leur propre univers décadent. Mention spéciale au bassiste, avec son haut de forme et son nœud coulant. En fait, dès les premières notes du concert, je comprends que NIGHTMARES &ND COMEDY est en fait une sorte de concept, quelque part entre KING DIAMOND, Tim Burton et CRADLE OF FILTH : le groupe fait l’effort tout à fait notable de développer son propre univers.
Musicalement, cela se traduit par l’alternance des différents types de vocaux (hurlés, growls et clairs féminins) : chaque musicien joue un personnage dans une pièce plus globale. Le propos apparaît très ambitieux, voir complexe.
Malheureusement, vu la sonorisation du Moko, je vais avoir le plus grand mal à rentrer dans le trip proposé par NIGHTMARES &ND COMEDY. La démarche est là, le talent individuel des musiciens n’est pas à remettre en cause, la bonne humeur aussi … mais ce son atroce transforme tous les efforts du groupe en une bouillie sonore définitivement incompréhensible.
Vu le travail de composition et l’originalité du concept, je suis désolé de ne pas apprécier la prestation à sa juste valeur, pour un problème de sonorisation.
A revoir au plus vite, dans un meilleur environnement.

 

STILL CREEP
Avec STILL CREEP, un groupe venu de Melun (et non pas de Paris, la différence semble importante pour eux !! Même si pour nous, de province, c’est la même chose), on change clairement de division.
Alors que les 2 formations précédentes étaient très statiques, STILL CREEP détonne par son dynamisme. Ainsi, le hurleur de service, très à l’aise, arrive à faire monter l’ambiance de plusieurs crans : il tente même de lancer un Wall of Death bon enfant (à 20, dans une salle minuscule avec un sol carrelé, c’est plutôt sport, je vous assure).
Les 2 guitaristes et le bassiste, quant à eux, n’hésitent pas à quitter la scène pour jouer au milieu du public. Hyper Rock n’Roll !
Globalement, les 5 musiciens apparaissent très aguerris à l’exercice de la scène. Il faut reconnaitre que leur trash / heavy moderne se prête parfaitement aux conditions sonores précaires de ce soir.
Là aussi, je suis bluffé par la virtuosité des musiciens : ça joue diablement bien. Les compos étant très efficaces et très rentre dedans, la sauce prend immédiatement.
Les gars finissent de s’assurer l’adhésion complète du (maigre) public, avec une reprise de TRIVIUM qui fait mouche.
STILL CREEP pourrait avoir une belle carte à jouer dans ce genre de metal un peu encombré. Une belle découverte …

 

AESMAH
Il est 23h55, quand AESMAH monte enfin sur scène.
Vu mon timing, il est acté que je ne pourrai pas assister à toute la prestation du groupe. Quel dommage sachant que je ne suis là que pour eux !
Ultra souriant et détendu, AESMAH joue en terrain conquis, c’est une évidence. François, le bassiste hurleur situé au centre, donne le tempo, flanqué de ses 2 acolytes guitaristes. Derrière, le batteur (avec son superbe gilet en cuir) massacre ses peaux avec soin (une cymbale complétement fendue et déglinguée démontre que le gars joue tout en douceur)
Comme pressenti, ces 4 musiciens sont hyper doués. Mention spéciale à François, qui en tant que frontman, dégage une espèce de magnétisme inquiétant tout à fait approprié.
Promotion oblige : AESMAH propose une set-liste qui fait la part belle à « [Imeria] (Je reconnais néanmoins « Absolute Path » et « Massive Immateriality » issus de leur 1e démo) !
Vu la qualité du EP, je craignais que le groupe n’arrive pas à retranscrire les subtilités de leur enregistrement, surtout vu la précarité sonore du Moko. Je me trompais. Car même si le son n’est toujours pas génial, il permet quand même d’apprécier les brulots.
Comme sur album, AESMAH alterne les parties mélodiques, les rythmiques brutales, les vocaux furieux avec des intermèdes plus calmes, des plus réussis… L’atmosphère dégagée est pleine de personnalité et permet de voyager loin.
Les parties de Clavier, qui soulignent les parties de guitares, sont restituées via des samples. Les riffs typiquement Death mélodiques restent hyper efficaces, et permettent de rentrer en transe en se secouant les poils en toute quiétude.
Si AESMAH n’est pas aussi mobile que STILL CREEP, les guitaristes n’hésitent pas à s’avancer dans la fosse pour taper leurs solos.
Le public plus calme est rentré dans une espère de transe contemplative. AESMAH s’apprécie et se vit en Live.
Malheureusement, pressé par le temps, je m’enfuis vers 23h25 pour attraper mon bus en plein morceau. Quelle frustration de ne pas avoir assisté à l’ensemble de la prestation …
En tout cas, ce concert donné dans l’intimité d’un pub lyonnais, a confirmé ma première impression : AESMAH est un groupe de grande qualité qui n’attend plus qu’un label de renom se penche sur son cas.
Un conseil : Ne passez pas à coter de ce quatuor de qualité : allez visiter leur compte Facebook pour commander leur dernier EP, « [Imeria] ». Vous ne serez pas déçus.

 

Set-liste AESMAH
01. Inside, indestructible
02. Absolut Path
03. Wasted by Suen
04. Colorless Mind
05. Chimera
06. The Deceptive Haven
07. Massive Immateriality
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