SEPTICFLESH, lundi 13 mai 2013, CCO, Villeurbanne

Par Raph

SEPTICFLESH a atteint aujourd’hui son apogée. Après une première période de son existence passée dans le giron du label français HOLY RECORDS, le groupe s’est émancipé en se forgeant sa personnalité haute en couleur. A force de travail et d’ambition, SEPTICFLESH a réussi à imposer son Death Metal symphonique ampoulé auprès d’un public exigeant. Aujourd’hui, les Grecs goûtent enfin à un succès mérité.

Cependant, les choses n’ont pas été simples. En 2003, après leur 6e album, le majestueux « Summerian Daemon », SEPTICFLESH a même enduré l’épreuve du split. Cette séparation au gout amer d’inachevé a permis au groupe d’acquérir une sorte de statut « culte » au sein de la scène extrême. En 2009, après 6 ans d’un silence absolu, le groupe fait un retour surprenant avec un album tonitruant, « Communion ». Ce disque est salué unanimement par la critique et le public (par exemple, il a été désigné « album de l’année » par le webzine VS). Accueilli au sein du label français, SEASON OF MIST, les Grecs reviennent gonflés à bloc et nous gratifient de plusieurs concerts français (dont un concert mémorable à Dijon). En 2011, SEPTICFLESH remet le couvert avec le dantesque « The Great Mass ». La musique proposée est alors la parfaite combinaison entre un Death Metal apocalyptique et des orchestrations symphoniques lumineuses. Le concept travaillé et le packaging soigné finissent de convaincre les plus réticents. SEPTICFLESH tient son chef d’œuvre, surpassant même le précédent « Communion ».

Avec ce nouvel album sous le bras, le groupe se met à écumer méthodiquement les scènes mondiales et les festivals. On se souvient notamment de leur passage au Hellfest en 2011, ou des premières parties assurées pour AMON AMARTH l’année dernière. Surfant toujours sur le succès de « The Great Mass » en 2013, SEPTICFLESH accomplit une toute dernière tournée autour de cet album. A l’issue de celle-ci, les Grecs fileront en studio pour s’atteler à la composition de leur nouveau disque.

Après toutes ces années au service du métal, SEPTICFLESH profite donc de sa popularité et de sa renommée construite à coup de concerts et d’albums hyper intéressants. Le concert de ce soir est très attendu par un public un peu sevré d’extrême ces derniers temps sur Lyon.

Le contraste entre une Grèce enfoncée dans la crise et ses groupes conquérants est frappant. Les musiciens trouvent-ils dans la situation dramatique de leur pays une source d’inspiration telle qu’ils pondent perle sur perle ? On peut se poser la question sachant que par ailleurs, ROTTING CHRIST et NIGHTFALL viennent de sortir, eux aussi les meilleurs disques de leurs carrières.

FLESHGOD APOCALYPSE

SEPTICFLESH a eu la bonne idée de se faire accompagner par la dernière sensation venue d’Italie: FLESHGOD APOCALYPSE. En 2011, la sortie de leur 2e album « Agony » a permis d’appréhender leur improbable équation métallique, composée de Brutal Death très rapide et d’orchestrations soignées. Sur le papier, le truc parait douteux, mais sur disque, l’alchimie fonctionne et prend toute son ampleur. Reste à voir comment cette musique complexe et travaillée peut être retranscrite sur scène.

A l’instar de SEPTICFLESH, les Italiens prennent la peine de proposer un univers personnel et troublant, avec costumes de scène et attitude à l’avenant. Sur scène, FLESHGOD APOCALYPSE se présente avec tous ses accoutrements : costumes 3 pièces poussiéreux et déchirés du 18e, piano droit de cabaret, chandeliers … Très classe !

Musicalement si le disque « Agony » est un monstre de précision, en concert, l’histoire est tout autre. Ça joue vite, trop vite … Le mix est malheureusement brouillon. Ainsi, le clavier est inaudible, noyé dans les autres instruments. Ne reste qu’un blast continu, qui se calme sur les quelques intro mélodiques … Dans ces conditions, il est difficile de s’accrocher

Le public n’en a cure et veut manifestement en découdre ! Ça pogote et ça slamme à tout va dans une violence bon enfant. Cependant vu la chaleur dans le CCO, le public s’essouffle rapidement.

Le leader de FLESHGOD APOCALYPSE prend la peine de présenter chaque morceau dans un phrasé grandiloquent et théâtral. L’assistance est littéralement absorbée par chacun de ces interludes. Sur le tube « The Violation », le public bénéfice de son second souffle : re-pogo enflammé et ambiance de folie sur ce morceau emblématique et réussi.

Malgré un son plus qu’approximatif, FLESHGOD APOCALYPSE aura parfaitement joué son rôle de « chauffeur » de salle.

Set-Liste FLESHGOD APOCALYPSE – 13 mai 2013
01. Temptation
02. The Hypocrisy
03. The Egoism
04. The Deceit
05. Requiem In Si Minore
06. The Violation
07. In Honour of Reason
08. The Forsaking

SEPTICFLESH

Durant la courte pause, les roadies mettent en place le décorum propre à SEPTICFLESH. C’est le même depuis le début de la tournée « The Great Mass » : un pied de micro ouvragé de forme serpentine et chaotique, des étendards à l’effigie des 2 faces de Dieu « The Architect » / « The Destroyer » et enfin, le back-drop à l’image de la couverture du dernier album. Même si on ne découvre pas ces éléments aujourd’hui, il faut admettre qu’ils arrivent à instaurer une ambiance à la fois mystique et ténébreuse.

Seth Siro Anton, leader charismatique déboule sur scène et annonce directement « The Vampire from Nazareth » … Le public est plus attentif que pour FLESHGOD APOCALYPSE, et ne se lance pas tout de suite dans des joutes épiques dans le mosh-pit. Les fans ne boudent pas leur plaisir sous l’enchaînement des « tubes » épiques.

Sur scène, Seth assure le show : se déplaçant continuellement avec une gestuelle guerrière, brandissant régulièrement sa basse tel un étendard issu des Enfers ! Il est tellement mobile que je me demande comment il arrive à assurer ses parties sans de gros couacs. Chapeau en tout cas ! Il tourne sans arrêt autour de son pied de micro, tel un sorcier machiavélique autour de son pentagramme. Il n’a de cesse d’invoquer l’aide de l’assistance qui lui mange littéralement dans la main : « Show me your Devil hornssssssssssssssss, motherfuckers !!! » D’ailleurs, je pense que le pépère doit avoir une affectation particulière pour ce terme : « Motherfuckers » ! En effet, chacune de ses phrases est ponctuée par ce juron. Pas terrible honnêtement ! Par contre, j’avoue qu’il n’a jamais été aussi facile de noter une set-liste : Seth introduit méthodiquement et spécifiquement chaque chanson par son titre et l’album dont elle est issue.

Visuellement, le spectacle repose essentiellement sur la performance de Seth Siro Anton, en leader déchainé.

En effet, de son côté, Chris, le talentueux compositeur et guitariste reste cantonné dans son coin, tout à gauche de la scène : il balance ses riffs tranchants avec facilité mais reste discret. Le musicien semble physiquement au bout du rouleau…

Le batteur et le guitariste de session assurent leur partie efficacement mais sans en faire trop. Sotiris, le guitariste officiel retenu au pays par ses obligations ne participe pas à cette tournée. Du coup, comme d’habitude, ses parties en chant clair sont samplées. Triste subterfuge.

La set-liste s’égrène titre après titre sans surprise malheureusement. Ainsi, aucune chanson issue de la période pré « Summerian Daemon » ne sera jouée ce soir. Vu l’histoire riche de SEPTICFLESH il est triste de constater que le groupe fait volontairement l’impasse sur sa période HOLY RECORDS qui regorge pourtant de pépites. Le public ne semble en avoir cure : il apprécie telle quelle l’offrande des Grecs.

Seul un « Ocean of Grey », très mid-tempo, détonne un peu dans la litanie de « tubes » : peu violente, le morceau prend une ampleur inattendue sur scène.

En rappel, SEPTICFLESH se fend d’un « Anubis » incantatoire, réclamé depuis le début du show par le public. Le public explose littéralement à ce moment, scandant « Anubis » à s’en déchirer les cordes vocales. Un Wall of Death échevelé achèvera les derniers survivants.

Pour ma part, j’ai eu l’occasion de voir SEPTICFLESH de nombreuses fois avant ce concert, et malgré la qualité des titres joués, je trouve les musiciens fatigués. Ce soir, la magie ne prend pas vraiment. Attention : les titres joués restent d’une qualité énorme, bien au-dessus de la moyenne mais leurs interprétations ne les magnifient pas. Je sens comme une lassitude : SEPTICFLESH payent indubitablement ses 2 ans de concerts sans interruption.

Tant pis ! Maintenant, j’attends le prochain disque avec une impatience non dissimulée. Vu la courbe de progression du groupe, le prochain album s’annonce déjà comme un monument de l’extrême.

Un concert mitigé pour ma part mais qui ne m’empêchera pas de courir revoir SEPTICFLESH lors de leur prochaine escale lyonnaise.

Set-Liste SEPTICFLESH – 13 mai 2013
01. The Vampire From Nazareth
02. Communion
03. A Great Mass Of Death
04. Virtues of the Beast
05. Unbeliever
06. Pyramid God
07. Lovecraft’s Death
08. Oceans of Grey
09. We The Gods
10. Persepolis
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11. Anubis
12. Five-Pointed Star

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