CAUCHEMAR, lundi 26 mai 2014, Thunderbird Lounge, Saint-Etienne par Raph

Le metal (ou le Hard-Rock comme on disait au siècle dernier) est un genre musical extrêmement riche, se déclinant en une multitude de couleurs. Après toutes ces années passées à parcourir cette vaste palette de styles, il m’arrive de découvrir des représentants de micro-tendances palpitantes.

Par exemple, prenons le cas de CAUCHEMAR. Malgré un nom qui semble issu tout droit de la vague de hard français des 80’s, ce groupe décline un style très personnel et diablement intéressant de metal. De renommée quasi confidentielle, le quatuor canadien doit être le seul à proposer un mélange de heavy-doom à l’ancienne (les premiers CANDLEMASS, ça vous parle ?) et de poésie gothique déclamée en français avec un soupçon d’accent québécois. Une perle.

En 2010, leur premier EP 5 titres « La vierge noire » avait fait forte impression dans les milieux autorisés. Armé de ce premier effort, CAUCHEMAR avait alors sillonné le monde pour jouer sa musique et multiplier les rencontres. A chaque étape, le groupe partage l’affiche avec une formation locale, ce qui permet de nouer des liens forts avec l’underground. Ainsi, ce beau périple avait conduit le groupe à s’arrêter à Lyon, plus exactement au MOKO, un pub du centre-ville où CAUCHEMAR s’était produit avec les Grenoblois de SANCTUAIRE. Conseillé par un ami (Hail Denis !), j’avais assisté à ce concert intimiste. La qualité des morceaux et la passion dégagée par les musiciens m’avaient littéralement fait craquer ! Je suis tombé sous le charme de ce groupe si particulier.

CAUCHEMAR doit beaucoup à l’alchimie du couple formé par Annick (chanteuse) et François (Guitare). Les 2 baroudeurs vivent leurs musiques à fond et sont animés par une foi incroyable. Charmants et ultra abordables, j’avais pu échanger quelques mots avec eux. Les musiciens profitaient de leur voyage pour jouer partout où ils pouvaient, assister à des concerts et découvrir la gastronomie de chaque pays visité.

Cette année, le premier vrai album est sorti : « Tenebrario ». Logé chez un micro-label au nom rigolo « Nuclear War : NOW ! », CAUCHEMAR a réemployé la même recette que sur « La Vierge noire » : un heavy doom aux paroles sombres et gothiques. Musicalement, CAUCHEMAR rend hommage à la grande tradition. Le grain chaleureux de l’enregistrement pourrait nous induire en erreur : non ! ce disque n’est pas sorti dans les années 80. Beau travail de production vintage. Niveau composition, les morceaux restent dans la veine mid-tempo avec quelques mélodies et accélérations bienvenues.

La sortie de ce nouvel opus a permis à Annick et François de reprendre la route. Et cette année, les Canadiens ont choisi de s’arrêter dans un pub sur Saint-Etienne, le fameux THUNDERBIRD LOUNGE.

Accompagné de mon fidèle acolyte de NOISE POLLUTION (la plus grande émission métal lyonnaise de radio de l’univers – 102.2FM – Tous les vendredis 20h-22h) je saute dans mon véhicule pour rejoindre Saint-Etienne. En ce mois de Mai, le temps est bien maussade : des trombes d’eau tombent sans s’arrêter pendant que nous roulons vers le Forez.

Le THUNDERBIRD LOUNGE est situé en plein centre-ville. A notre arrivée, les rues sont désertes. L’ambiance est lugubre mais se prête finalement très bien à un concert de Doom. Le pub stéphanois arbore une magnifique enseigne représentant un aigle bicéphale stylisée, symbole officiel de l’Imperium humain. Pour afficher aussi clairement son allégeance, le patron doit sans doute être un fanatique de WARHAMMER 4000, l’univers futuriste et dystopique de GAMES WORKSHOP.

En termes d’équipement, le pub stéphanois propose le même type d’équipement que le MOKO Lyonnais : une cave étroite sans scène surélevée et une sono sommaire. Cependant, le THUNDERBIRD LOUNGE a le mérite d’exister et de permettre facilement la tenue de ce type de petits concerts.

Même si le public ne semble pas très nombreux, nous retrouvons avec plaisir quelques amis (Hail to Fully et Denis) qui ont fait le déplacement. L’occasion d’évoquer le Hellfest qui se tient dans 3 semaines … On reconnait également quelques musiciens dans les lieux comme des membres d’ELECTRIC SHOCK (découvert en première partie de CIRCLE II CIRCLE) et de SANCTUAIRE.

ELVENSTORM

Comme à l’accoutumé, CAUCHEMAR est accompagné d’une première partie locale. Et ce soir, ce sont les Grenoblois de ELVENSTORM qui ouvrent le bal. (Même si Grenoble est situé à près de 150 kilomètres, on peut parler de groupe local)

ELVENSTORM rend un hommage appuyé au Speed germanique type GRAVE DIGGER. Donc, a priori, clairement pas ma tasse de thé. Cependant, à l’instar d’un LONEWOLF, les Grenoblois font preuve d’une vraie passion pour le genre. Sans révolutionner le style, le groupe abat un vrai travail et bénéficie même d’un excellent buzz sur le net. Après un premier album « Of Rage and War » sorti en 2011, ELVENSTORM prépare un 2e disque « Blood leads to Glory » prévu pour la rentrée et toujours sur le label INFERNO records. La formation grenobloise est un excellent représentant de toute cette scène hexagonale de heavy traditionnel, qui perdure et qui obtient un vrai succès d’estime.

ELVENSTORM a la particularité d’être mené par une chanteuse, Laura, virulente et énergique. Sur la micro-scène du pub stéphanois, les musiciens semblent un peu à l’endroit mais cela ne les empêchent pas d’envoyer la sauce.

Le guitariste balance du riff bien acéré, et même si le style n’est pas le même que CAUCHEMAR, on comprend que les 2 groupes partagent ce côté « vintage » bien ancré dans les années 80. Malgré mes craintes initiales compte tenu du lieu, le son est à peu près correct et nous permet de correctement rentrer dans le délire d’ELVENSTORM.

La section rythmique est parfaitement en place, mais naturellement, nos regards sont attirés par la performance de Laura, qui tient bien la scène. Je reconnais que c’est plutôt bien fait et qu’ELVENSTORM assure très bien son rôle. Cependant, au bout d’un moment je finis par décrocher …

Je retourne au bar m’en jeter une petite derrière l’oreille.

CAUCHEMAR

Après une pause rapide, nous retournons dans la cave du THUNDERBIRD LOUNGE. A l’heure du concert, nous ne sommes qu’une grosse vingtaine de fans à garnir les travées dont les 4 membres d’ELVENSTORM. Malheureusement, la renommée de CAUCHEMAR n’atteint pas encore les sommets. Cependant, cette maigre affluence ne semble pas jouer sur la motivation du groupe qui va délivrer un excellent set d’un peu plus d’une heure.

Affublée d’une cape noire et d’un collier d’inspiration shamanique, Annick se la joue grande prêtresse païenne. En plus de son accoutrement, la chanteuse adopte des attitudes de possédée avec notamment un regard halluciné. L’effet est réussi. Elle semble complétement habitée par les paroles. Son bras est recouvert d’un impressionnant tatouage BLACK SABBATH : les références sont clairement affichées. Même si elle n’est pas la meilleure chanteuse du monde, sa sincérité nous transporte et l’assistance est sous le charme.

Entre les morceaux, le visage d’Annick s’illumine avec un large sourire. La Miss est heureuse de jouer pour nous, et elle fait fi des conditions un peu précaires. Il faut dire que la multitude de concerts délivrés à travers le monde entier a sans doute permis au groupe d’acquérir une sacrée expérience.

A noter que depuis la date de Lyon, le batteur et le bassiste ont changé. Du coup, CAUCHEMAR n’est plus intégralement francophone. Les musiciens communiquent entre eux en anglais.

En tout cas, francophones ou pas, les 4 artistes jouent avec une passion communicative. De toute façon, tous les gens présents ce soir sont des fans qui connaissent les paroles par cœur. Tout le monde chante à tue-tête ce qui ravit Annick. En termes d’intensité, il y a quelque chose de quasiment religieux (disons plutôt païen) dans l’air qui transforme la performance de CAUCHEMAR en véritable rituel.

La set-liste est composée de la quasi intégralité des 2 disques : « La Vierge Noire » et « Tenebrario ». Malheureusement, CAUCHEMAR ne reprendra pas de morceau de CANDLEMASS comme la dernière fois à Lyon. Je crois noter une vraie préférence du public pour les morceaux du premier EP comme « Le voile d’Isis » ou « Magie rouge ».

Les applaudissements sont très enthousiastes entre les morceaux, les gens sont heureux de vivre ce moment. Quel contraste avec l’ambiance quasi pesante des chansons !

Au bout d’un peu plus d’une heure de set, le concert se conclut sans rappel. Les musiciens sont tout sourire et se prêtent volontiers à tous les élans de sympathie des fans. Une nouvelle fois ultra disponibles, les membres de CAUCHEMAR vont avoir un mot gentil pour tout le monde, et vont signer tout ce qu’on voudra bien leur présenter. Cet enthousiasme fait chaud au cœur.

Malheureusement, il est déjà plus de minuit… le temps de reprendre la route avec le sentiment d’avoir assisté à un vrai rituel démoniaque sous les voutes de la cave du THUNDERBIRD LOUNGE.

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