IN FLAMES, samedi 11 octobre 2014, Coopé de Mai, Clermont-Ferrand par Raph

La situation géographique privilégiée de Clermont Ferrand (au milieu de la France) permet à la ville de jouer un rôle d’étape important pour les tournées européennes. De plus en plus souvent, des groupes marquent une pause dans cette bourgade, lors de leur voyage interminable entre l’Espagne et l’Allemagne. Ainsi, dans le passé, nous avons eu droit à des concerts aussi incroyables qu’inattendus comme BLACK LABEL SOCIETY, SLAYER ou GOJIRA. Ce soir, c’est IN FLAMES qui pose ses valises dans la Capitale auvergnate avant AMON AMARTH en février.



Fan depuis 95, leur première partie de carrière m’a vraiment exalté : leur Death métal mélodique incisif et rageur faisait mouche à chaque nouveau disque. Avec d’autres membres illustres de la communauté issue de la ville de Göteborg (AT THE GATES et DARK TRANQUILLITY pour les principaux) IN FLAMES a été un précurseur en inspirant toute une partie de la scène Metal. Inventeur d’un son et d’un style, le groupe s’est pourtant mis en danger au début des années 2000 en prenant un tournant pop, édulcorant leur Death Metal pour le rendre plus accessible possible. Les Suédois ont pris un gros risque avec la sortie de « Reroute To Remains ». En s’émancipant de son côté le plus violent, IN FLAMES a déconcerté ses fans de la première heure mais a réussi à en gagner de très nombreux autres. Personnellement, même si j’ai d’abord été rebuté par ce changement d’orientation musicale, j’ai vite accroché à ce nouveau style plus mélodique mais toujours ultra efficace.

Séduit par les albums suivants, j’ai continué à soutenir le groupe année après année. Cependant, IN FLAMES n’a cessé d’adoucir son propos, incorporant de plus en plus de grosses parties de pop à leur musique. A tel point, que Jesper Strombald, dernier membre fondateur, garant du côté extrême a décidé de jeter l’éponge. Résultat : l’avant dernier album « Sounds of a Playground fading » sonnait finalement beaucoup plus pop que métal. Malgré tout, dans ce genre très sirupeux, les Suédois avaient pris soin de composer de bonnes chansons. Alors, quelle est la tendance avec le tout dernier disque « Sirens Charms » (le 11e quand même) sorti en septembre ?

Dans une interview lue il y a peu, IN FLAMES avait avoué qu’il s’était présenté en studio sans avoir rien composé. Et malheureusement, cela se ressent. Fini les compositions léchées, place à des chansons écrites en pilote automatique et vidée de toute trace d’inspiration. L’album n’est qu’une compilation de morceaux travaillés à la va vite. Alors même si on peut saluer une nouvelle tentative de composer, le résultat est tout simplement foireux. Sur ce nouvel essai, Anders Friden ne se donne même plus la peine de forcer sa voix, aboutissement d’une mue entamée il y a plus de 10 ans : les voix claires sont omniprésentes sur cet album. Entendez nous bien : foncièrement, il n’y a pas de souci pour « apaiser » le son, mais encore faut-il que les chansons soient à la hauteur J’avais toujours soutenu le groupe au fur et à mesure de ses sorties : mais là, stop ! Mielleux, mou et sans intérêt, « Siren Charms » est tout simplement bâclé et donc fatalement mauvais : à la rigueur, seul 2 ou 3 titres échappent au massacre.

Néanmoins, un passage dans la région d’IN FLAMES reste un évènement ! Ce qui justifie mon déplacement en compagnie du fidèle JD ! (Hail Poto !) Nous arrivons sur place suffisamment en avance pour s’offrir une pause casse-croute dans un célèbre restaurant américain orné d’un M jaunâtre. La salle de la Coopé de Mai se trouve non loin de l’antre de l’ASM, le club de Rugby local. En ce samedi, il y avait match : ainsi, il est rigolo de croiser à l’heure du diner nombre de supporters vêtus d’or et de bleu. Comme les métalleux sont aussi nombreux à croquer du Burger, le mélange est aussi improbable qu’amusant.

La longueur de la queue à l’entrée de la Coopé de Mai est de bonne augure: IN FLAMES a déplacé ses fans et la salle affiche presque complet. Le temps d’attente avant de rentrer nous permet de rencontrer l’infatigable Kermit qui arpente le parvis en distribuant ses flyers. (Hail Bro)

WHILE SHE SLEEPS

Sur cette tournée, WHILE SHE SLEEPS s’est glissé sur l’affiche. Groupe de Metalcore originaire de Sheffield en Angleterre, je n’avais jamais entendu parler d’eux. Ce qui n’a pas l’air d’être le cas de la moitié de la fosse qui leur réserve un accueil incroyable.

Formé en 2008, cette formation ne fait pas dans la finesse. Musicalement, ça joue fort et vite sans le côté mélodique du genre. La foule semble connaitre les paroles et se déchaine enchainant pogos et jump à tout va. Devant tant d’enthousiasme, le chanteur n’hésite pas à mouiller le maillot en se jetant dans le pit. Le public apprécie : moi un peu moins.

WOVENWAR

On continue avec les WOVENWAR… sous ce nom quelque peu curieux (littéralement, la « guerre tissée » ??!!??) on retrouve les 4/5 de AS I LAY DYING, excellent groupe de Metalcore venu de San Diego. Les musiciens continuent l’aventure après l’incarcération de leur chanteur. Le mec n’a rien trouvé de mieux que d’essayer de faire assassiner sa femme !

Pour résumer, WOVENWAR sont loin d’être des amateurs. Leur musique reste très efficace, mais leur nouveau chanteur s’appuie uniquement sur une voix claire. Du coup, l’effet n’est pas très percutant en live. J’ai pas mal écouté leur premier disque qui m’a bien séduit… Sur scène, je dois bien reconnaitre que cela sonne un peu mou du genou. Après l’ouragan WHILE SHE SLEEPS, l’assistance a aussi du mal à accrocher.

On passe malgré tout un bon moment surtout avec les 2 tubes « All rise » et « The Mason ».

IN FLAMES

Malgré la qualité des 2 premières parties, les stars de la soirée restent bien entendu les membres d’IN FLAMES. Déjà chaud comme la braise, le public est prêt à s’enflammer. Et, quand les Suédois débarquent sur les planches, c’est un véritable rugissement de plaisir qui les accueillent.

En pleine promotion, le groupe entame son concert directement avec les 2 chansons qui ouvrent son dernier opus. Notamment, « In Plain View » semble avoir été conçu pour être joué en ouverture des concerts ; petit sample qui va bien permettant l’entrée progressive des musiciens. L’idéal pour faire monter la pression. Cependant, je reste très dubitatif sur le rendu Live de ces 2 premiers extraits de « Siren Charms »: voix plaintive de Anders Friden, rythme plat et stéréotypé, inspiration aux oubliettes, refrains poussifs limite caricaturaux …. Manifestement, le public s’en moque complètement et fait un triomphe à leur héros. Au 3e titre, IN FLAMES nous sort du chapeau : « Fear is the Weakness » issu du pourtant déjà très décrié avant-dernier album, « Sounds of a Playground Fading ». L’écoute de ce morceau déclenche un large sourire de ma part : il est réussi et efficace. On est en terrain connu et vraiment jouissif.



Je peux enfin me laisser aller à un petit échauffement des cervicales et apprécier le spectacle. Car c’est indubitable, IN FLAMES reste une véritable machine de guerre sur scène. Sous des lights superbes et travaillées, les 5 Scandinaves démontrent un professionnalisme à toute épreuve. Les années passées sur la route ont permis aux musiciens d’acquérir une maitrise technique évidente : c’est carré et efficace. La mise en scène est excellente : tout est réglé comme du papier à musique.

S’appuyant sur cette exemplarité, IN FLAMES distille une ambiance très décontractée : Notamment, le volubile Anders ne cesse de faire des blagounettes. Encore une fois, pas sûr que tout le monde ait bien compris l’anglais du Suédois. Comme je l’ai déjà vu faire, il va s’en prendre gentiment à un spectateur dans la fosse qui passe son temps à filmer avec son portable. Dans un grand éclat de rire, le chanteur lui précise qu’il n’y a pas de problème : il peut faire des vidéos mais qu’il n’oublie pas de vivre aussi l’instant présent en jetant un œil sur scène sans passer par le prisme de son mobile.

Le Suédois pousse le gag jusqu’à inviter une quidam à monter sur scène pour filmer entièrement le morceau « Only for the Weak ». Anders Friden lui précise bien de ne pas oublier de mettre la vidéo sur le net une fois rentrer chez elle.



Toutes ces anecdotes détendent l’atmosphère et donne l’impression de se trouver entre potes. L’ambiance est donc excellente. Malheureusement, cela ne nous affranchit pas du gros point noir de ce concert : la set-liste. N’oublions pas que ce soir, IN FLAMES joue pour promouvoir son dernier opus peu inspiré. Ainsi, aujourd’hui, sur les 19 morceaux joués, 6 seront directement issus de ce disque. Je ne comprends pas : personne dans l’entourage du groupe n’a osé dire que c’est une bouse? Frustrant, d’autant plus que du coup, de purs brulots « historiques » ne seront pas inclus dans la set-liste pour faire la place à ces chansons.

Donc, en termes de set-liste, IN FLAMES ne va pas cesser de souffler le chaud et le froid : entre des titres de « Siren Charms » et les plus grandes tubes de sa carrière : « Trigger » « Only for the weak », « Cloud Connected » … Il faut également évoquer le cas particulier de « The Chosen Pessimist » long et lourd qui casse le rythme et coupe littéralement le concert en 2. Dommage car malgré tout le groupe avait réussi à instaurer un véritable esprit festif qui retombe bien vite avec cette chanson.

Heureusement, en vieux roublards, les Suédois concluent leur show par la triplette « The Mirror’s Truth » / « Deliver Us » et « Take this life », c’est-à-dire trois très gros morceaux puissants aux refrains implacables ! Juste ce qu’il faut pour finir le concert avec un immense plaisir !

Dans un dernier sourire, les 5 musiciens prennent le temps de saluer l’assistance qui leur a réservé un accueil très chaleureux. Il faut reconnaitre qu’IN FLAMES s’est installé tout en haut du panthéon métallique. Et même un disque raté ne pourra leur retirer leur leadership.

Cependant, malgré la démonstration de force produite par IN FLAMES, on ne peut s’empêcher de songer à ce que pourrait donner le groupe s’il se concentrait sur ces tubes !

Setlist IN FLAMES – 11 octobre 2014
01. In Plain View
02. Everything’s Gone
03. Fear Is The Weakness
04. Trigger
05. Resin
06. Where The Dead Ships Dwell
07. With Eyes Wide Open
08. Paralyzed
09. Through Oblivion
10. Ropes
11. Delight And Angers
12. Cloud Connected
13. Only For The Weak
14. The Chosen Pessimist
15. The Quiet Place
16. Rusted Nail
17. The Mirror’s Truth
18. Deliver Us
19. Take This Life

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