BETWEEN THE BURIED AND ME / PROTEST THE HERO, mardi 05 juillet 2016, CCO, Villeurbanne par Raph

Depuis quelques années, la trêve estivale n’existe plus. Avec la multiplication des tournées et des festivals, les mois de Juillet sont propices à l’organisation de concerts intéressants. Ainsi ce soir, l’organisation MEDIATONE nous a concocté une bien belle soirée avec au programme, la doublette BETWEEN THE BURIED AND ME / PROTEST THE HERO. Pouvoir assister à la performance de ces 2 leaders du Djent à tendance progressive à la maison est un véritable évènement. Pourtant, au départ, j’avoue que je n’étais pas un fan. Pendant de longs mois, Laurent, mon acolyte de NOISE POLLUTION (la plus grande émission lyonnaise de métal à la radio de l’univers) n’a cessé de diffuser des extraits des 2 derniers disques de ces groupes, histoire de me convaincre.

Il faut dire que j’avais un historique avec BETWEEN THE BURIED AND ME avec notamment une prestation de dingue sous la TEMPLE du HELLFEST il y a quelques années. C’était l’époque où les Américains évoluaient dans un style radical, mélange de bruit et de fureur désordonné. J’ai toujours adoré chez BETWEEN THE BURIED AND ME (ou BTBAM pour les intimes) cette faculté de tomber dans leurs chansons sur un refrain hyper calme ou une séquence planante. Comme un ilot de sérénité au milieu du chaos et du capharnaüm. Ces pépites magistrales m’ont toujours transporté. Mais pour tomber dessus, il fallait s’accrocher. Depuis cette époque, les choses ont pas mal changé chez BTBAM. Le propos s’est adouci tout en gardant ce côté imprévisible. La musique s’est calmée … en tout cas, suffisamment, pour que Laurent fasse du dernier album des Américains l’album de l’année 2015. C’est dire … A priori, je suis content de retrouver les allumés sur scène à la maison.

protestthehero_flyer

Pour PROTEST THE HERO, les choses ont été beaucoup plus compliquées pour moi. Laurent a pourtant beaucoup insisté, mais cette musique ultra complexe, rapide n’a pas trouvé tout de suite d’écho chez moi. J’ai fait l’effort d’assister à un concert au HELLFEST : j’ai rien compris. Entre humour canadien, démonstration technique et dextérité ébouriffante, je suis ressorti de ce concert totalement perplexe. Non, décidément jouer de la musique de cette manière est dur à suivre … Il est difficile de décrire l’œuvre des Canadiens : aucune structure à laquelle se raccrocher (oublié, le traditionnel refrain), une multitude de couches d’instruments qui partent dans tous les sens, une densité musicale qui ferait pâlir un extraterrestre … Plusieurs mois après cette expérience Live, j’ai enfin trouvé la clef pour comprendre l’univers de PROTEST THE HERO. Et cette révélation s’est opérée grâce à une écoute attentive au casque de leur dernier album «Volition ». Tout d’un coup, tout trouvait un sens : chaque solo tombait pile poil, chaque note était à sa place … Passé cet émerveillement, je tombais sur une musique extrêmement riche mais diablement entrainante … Après de multiples écoutes de « Volition » j’étais prêt pour assister à un nouveau concert de PROTEST THE HERO, et même mieux que ça, j’étais prêt pour y prendre plaisir.

Comme d’habitude pour un concert en semaine, j’arrive à la bourre au CCO de Villeurbanne. Cette fois-ci, je loupe BUY JUPITER, le groupe local de première partie. C’est décidément une triste habitude. Je me rattraperais en écoutant leur dernier EP, « Departure ».

Sur cette tournée, les 2 groupes principaux se partagent la tête d’affiche (on parle de Co-headlining dans le jargon). Ainsi, en fonction des dates, BETWEEN THE BURIED AND ME et PROTEST THE HERO changent de position. Mais la durée des 2 sets est équivalente, soit environ 75 minutes. Ce soir, ce sont les Canadiens qui clôturent la soirée.

BETWEEN THE BURIED AND ME

On commence donc avec la prestation de BETWEEN THE BURIED AND ME. Tous les fans de Djent Progressif se sont donné rendez-vous ce soir, et même si la salle n’est pas pleine, l’affluence est encourageante.

Les Américains déclenchent les hostilités avec le terrible « The Coma Machine » qui ouvrait aussi leur dernier album. Ce qui frappe tout de suite c’est l’extrême concentration des musiciens. On n’est pas là pour rigoler manifestement. A moins, que ce soit la complexité des morceaux qui oblige les artistes à ne pas se disperser. On enchaine avec « Informal Gluttony » : Tommy Giles Rogers est impeccable à la fois au chant, et à la fois aux claviers. Penché sur son instrument, il ressemble à un alchimiste concoctant des potions infernales. Il réussit à facilement enchainer les screams les plus agressifs avec les voix claires les plus planantes. Étonnement, la suite du concert fait la part belle à « The Parallax II : Future Sequence » (4 extraits seront joués en tout) qui n’est pas le dernier disque.

BTBAM

Le public prend la déferlante BTBAM de face, sans broncher. La prestation est très clinique voire chirurgicale. Heureusement, le son du CCO est suffisamment bon pour rendre correctement la complexité de la musique. Cependant, le manque de communication avec le public se fait sentir. L’ambiance est assez étrange : l’assistance est soit très concentrée pour absorber chaque note des Américains, soit complétement perdue. Je ne saurais le dire. Pour ma part, je finis par perdre pied devant ce déluge abrupt de notes. Attention, c’est propre et parfaitement exécuté. Mais la prestation manque cruellement d’âme. J’en arriverai presque à piquer du nez : l’esprit « Rock n’ roll » est assez loin. Ça n’a pas l’air de tracasser le Grand Timonier Laurent qui semble prendre son pied.

Sur la fin du concert, j’arrive enfin à raccrocher les wagons avec « Astral Body » et surtout « Selkies » et ses plus de 7 minutes qui me redonne le sourire. (Quelle performance pleine d’émotion de Tommy sur ce morceau !). Cependant, le sentiment global est plus nuancé, je suis partagé entre le sentiment d’avoir vu un ovni musical et la sensation de n’avoir pas compris grand-chose.

Set-liste BETWEEN THE BURIED AND ME – Mardi 05 juillet 2016
01. The Coma Machine
02. Informal Gluttony
03. Extremophile Elite
04. The Ectopic Stroll
05. Telos
06. Bloom
07. Astral Body
08. Selkies : The Endless Obsession

PROTEST THE HERO

Quand PROTEST THE HERO débarque sur scène, on comprend tout de suite que le concert va être bien différent. Là où BTBAM se la jouait sobre et concentré, les Canadiens prennent les choses plus à la légère : Débardeurs, casquette à l’envers, Shorts, grands sourires … Le contraste est évident !

Malgré l’apparente décontraction, le quintette fait feu de tout bois : techniquement, on évolue là encore très au-dessus de la moyenne. Choix étrange : PROTEST THE HERO attaque avec 2 extraits de « Fortress », album pourtant ancien maintenant. Cette entrée en matière fait son petit effet, car le public prend ses aises tout de suite. Au contraire de BETWEEN THE BURIED AND ME, il va d’ailleurs rester bien actif tout le long du concert. Du coup, ça change pas mal la donne en terme d’ambiance.

Un autre point fort est l’activité du déconneur de service : Rody Walker, le chanteur. Entre chaque morceau, le gus se lance dans de longues tirades hilarantes en anglais mais compliquées à suivre. Il ne fait aucun effort et s’exprime très rapidement. Je prends le pari que la moitié de la salle n’a rien compris à ses blagues. Mais, pour ceux qui arrivent à suivre, son sens de l’autodérision et de l’humour fait mouche.

Avec toute cette agitation et la température estivale extérieure, il commence à faire très chaud dans le CCO : c’est alors que, durant un morceau, un gentil spectateur glisse 5 pintes de bière sur la scène pour le plus grand bonheur de Rody. C’est un sujet de blagues pendant un moment.

pthero

Musicalement, je m’y retrouve un peu plus qu’avec BTBAM : même si je trouve que les titres de « Volition » sont rares (ils en joueront quand même 4). Les morceaux s’enchainent rapidement. Entre les sketchs du chanteur et les chansons bien agressives, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Globalement, les 5 musiciens sont vraiment impressionnants : l’effet est très compact. Mais, ça n’empêche pas les membres de PROTEST THE HERO de déconner régulièrement, en reprenant des morceaux de pop, en improvisant sans arrêt …

En conclusion, MEDIATONE a tenu à marquer les esprits avec cette soirée de pure Djent progressif. Dans 2 attitudes diamétralement différentes, BETWEEN THE BURIED AND ME et PROTEST THE HERO ont marqué des points auprès des afficionados. Pour ma part, le vainqueur de ce duel amical est sans conteste PROTEST THE HERO, qui a su me faire sourire et passer un bon moment.

Set-liste PROTEST THE HERO – mardi 05 juillet 2016
01. Bloodmeat
02. Sequoia Throne
03. Clarity
04. C’est la Vie
05. Hair – Trigger
06. Nautical
07. No Stars Over Bethlehem
08. Tidal
09. Underbite
10. Yellow Teeth
11. Limb From Limb
——
12. Mist

Cette entrée a été publiée dans compte rendu de concerts, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.