BEHEMOTH / MGLA, vendredi 28 octobre 2016, Transbordeur, Villeurbanne par Raph

Les concerts de qualité continuent de s’enchaîner dans notre belle capitale des Gaules. A la baguette, ce soir, encore et toujours, les « Sounds like Hell » ! L’association lyonnaise nous propose une belle programmation avec la doublette venue de l’Est lointain : MGLA et BEHEMOTH. Soit la fine fleur du Black Death issue de la scène polonaise. L’affiche est complétée par les Allemands de SECRETS OF THE MOON. Bref, la soirée promet d’être bonne ! Et le public est de mon avis car quelques jours avant le concert, le Transbordeur affiche complet. Incroyable ! Malgré la quantité d’évènements sur Lyon depuis la rentrée, les fans arrivent à encore se mobiliser pour ce genre de concerts attractifs.

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Depuis le début des années 2000, BEHEMOTH a franchi un à un tous les paliers du succès. Son leader charismatique NERGAL a su rendre son Death / Black blasphématoire irrésistible. Les opus marquants se sont multipliés, soutenus à chaque fois par des prestations live travaillées et bluffantes. Dès le début de ses tournées, BEHEMOTH a compris que le décorum était primordial. L’imagerie luciférienne véhiculée par les Polonais marque les esprits. En pleine ascension, NERGAL se voit diagnostiqué une leucémie en 2010. La situation est grave et BEHEMOTH se voit contraint de toute arrêter. On craint alors le pire pour le chanteur polonais. Heureusement, une greffe miraculeuse de moelle osseuse va sauver NERGAL. De retour, BEHEMOTH va prendre son temps pour proposer un nouveau disque très soigné en 2013, « The Satanist ». Après avoir privilégié l’efficacité sur ses albums précédents, le groupe s’attache à proposer une musique plus riche mais tout aussi réussie. En 2014, les Polonais reprennent la route et sillonnent le monde pour promouvoir ce dernier méfait, avec notamment une date remarquable au CCO. BEHEMOTH est si fier de « The Satanist » que 2 ans plus tard, le groupe a décidé d’en jouer l’intégralité dans le cadre d’une nouvelle tournée. Sobrement intitulé « Europa Blasfemia Part II », celle-ci s’arrête donc ce soir au Transbordeur.

SECRETS OF THE MOON

Pour une fois, j’arrive sur place alors que la toute première partie n’est pas encore terminée. J’assiste donc aux 3 derniers titres des Allemands de SECRETS OF THE MOON. Il faut bien avouer que je ne connais guère le travail de ce groupe. Je découvre donc directement sur scène une espèce de Post Black noir et dépressif.

A cette heure, le public est relativement clairsemé mais les gens présents sont très attentifs comme s’ils rentraient dans une sorte de recueillement méditatif. La voix du chanteur oscille entre le chant clair et les hurlements sépulcraux. SECRETS OF THE MOON joue sur le côté émotionnel de sa musique en prenant le temps d’instaurer une atmosphère particulière, emprunte de ténèbres et de mélancolie. Les nombreuses parties instrumentales calmes accentuent ce côté envoutant. En accord avec cette solennité théâtrale, les musiciens restent très statiques.

Même si l’ensemble apparait peu original, le concert est intéressant. Loin de la fureur d’un BEHEMOTH, l’univers de SECRETS OF THE MOON parait posé et tortueux. Je me promets de le découvrir sur disque.

MGLA

Après toutes ces années à écouter du Metal, c’est toujours un plaisir de découvrir un groupe original et marquant. MGLA fait partie de ces joyaux découverts récemment. Curieusement, MGLA n’est pas le nom d’une université américaine, mais est bien un mot de vocabulaire polonais, signifiant « Brouillard ».

Le duo polonais propose un Black Metal martial à base de pièces longues et mélodiques. Sur scène, 2 musiciens supplémentaires accompagnent MGLA. Le quatuor est entièrement habillé en noir avec des capuches et des cagoules couvrant entièrement le visage. Aucune partie de corps n’est visible en dehors des mains. L’effet est saisissant. Pendant leur prestation, les musiciens n’échangent aucun mot avec le public se contentant d’asséner leur musique. De même, le light show est réduit à sa plus simple expression. L’idée est que le public ne soit pas distrait pour pouvoir se concentrer uniquement sur la musique.

mgla

Honnêtement, c’est énorme. MGLA enchaine les morceaux issus de tous ses disques et notamment de ses 2 derniers chefs d’œuvres « Exercises in Futility» et « With Hearts Toward None». Construit autour d’un riff marquant répété à l’envie, chaque titre se déploie dans un crescendo émotionnel. L’ambiance que réussit à instaurer le groupe est époustouflante : les musiciens sont ultra carrés, notamment la batterie. L’association de ce visuel froid et de cette musique glaciale s’avère totalement envoutante. Pendant 45 minutes, MGLA nous invite à un voyage hors du commun. Le dernier morceau se termine brusquement ; le leader brandit son poing vers le ciel en psalmodiant en polonais, seule interaction avec le public de ce soir ! MGLA disparait alors, nous laissant sonné et hagard, repu de ses riffs dantesques !

Ce concert fut un immense moment de pur plaisir, pour ce qui doit être ma révélation live de cette année. Oui, c’est ça : MGLA nous a offert juste ce qui doit être le concert de 2016. Rien de moins !

Set-liste MGLA – vendredi 28 octobre 2016
01. Further Down the Nest I
02. Exercises in Futility I
03. Mdłości I
04. With Hearts Toward None I
05. Exercises in Futility II
06. With Hearts Toward None VII
07. Exercises in Futility VI

BEHEMOTH

Après une telle déflagration, BEHMOTH va devoir clairement élever son niveau de jeu. A 22h00 précises, les lumières s’éteignent au cœur du Transbordeur. Une clameur d’impatience se lève du public. Dans une obscurité sinistre et sous des samples de cris de douleur, NERGAL arrive tel un apôtre de l’apocalypse. Il brandit une torche brulante ! Craché par la sono, l’introduction de « Blow Your Trumpets Gabriel » déclenche l’hallali ! Le light show démarre et la musique résonne ! La puissance est phénoménale !
Tels les 4 cavaliers de l’Apocalypse, les musiciens font feu de tout bois. Avec sa basse et son armure en cuir, le gigantesque Orion ressemble un Uruk-hai vomi par les entrailles de Barad-dur. A ses côtés, Seth manie sa guitare comme un instrument de torture. Sur scène, les 2 comparses font preuve d’une belle complicité. Dominant le tout, caché derrière son immense kit de batterie, Inferno martèle ses futs à un rythme d’anthologie. Musicalement, ce mec est un tueur. Mais le maitre de cérémonie est bien NERGAL ! Il nous hurle un « It’s good to be Alive » !!! Quasiment revenu d’entre les morts, le leader de BEHEMOTH déborde d’énergie.

Sûr de son talent et de sa maitrise, BEHEMOTH livre une performance travaillée. Cependant, pour ceux qui ont vu les Polonais en 2014, la surprise est un peu éventée. A vrai dire, à part les morceaux de « The Satanist » joués dans l’ordre, il n’y a rien de nouveau. Les costumes sont les mêmes, le décor n’a pas changé … Tout cela manque cruellement de spontanéité pour un habitué. Il faut dire que j’ai dû croiser BEHEMOTH une dizaine de fois depuis 10 ans. Du coup, malgré la qualité du spectacle parfaitement calibré et exécuté, je m’ennuie presque. Tout est déjà vu ! C’est professionnel c’est sûr mais finalement assez peu rock ‘n’ roll.

behemoth - 2016

De plus, à l’instar d’autres groupes qui ont choisi de jouer l’intégralité d’un de leurs albums, BEHEMOTH s’essouffle un peu pendant l’interprétation de « The Satanist ». Même si le disque est globalement réussi, il contient tout de même quelques morceaux un peu plus faibles : alors, choisir d’interpréter l’intégralité de ce disque dans l’ordre ne nous affranchit pas de ces points faibles. Heureusement, il reste les monuments comme « Ora Pro Nobis Lucifer » ou le final « Father O Satan O Sun » ! Ce dernier morceau quasi progressif est la véritable perle de « The Satanist ». Incantatoire et malsain à souhait, la chanson est une pure merveille que BEHEMOTH accentue en sortant les masques démoniaques. Ce tableau inquiétant clôture la première partie du show.

Car, après quelques minutes, les musiciens sont de retour pour attaquer pour jouer quelques tubes issus des disques précédents. Le concert bascule alors dans une performance impie et totalement délurée. Il faut dire que BEHEMOTH possède de nombreuses pépites dans son répertoire comme « Conquer all », « Ov Fire and the Void » ou « Chant for Eschaton 2000».

En conclusion, la soirée s’est révélée bonne surtout grâce à la performance mémorable de MGLA. Après le plaisir des premières minutes, la performance de BEHEMOTH s’est un peu enlisée, heureusement rehaussé par une 2e partie de set-liste en forme de best-off. Jouer l’intégralité de « The Satanist » s’est révélé être une fausse bonne idée. Maintenant, après ces 2 ans et demi de tournées incessantes, BEHEMOTH va devoir se reposer un peu pour repartir de plus belle.

Set-liste BEHEMOTH – vendredi 28 octobre 2016
01. Blow Your Trumpets Gabriel
02. Furor Divinus
03. Messe Noire
04. Ora Pro Nobis Lucifer
05. Amen
06. The Satanist
07. Ben Sahar
08. In the Absence ov Light
09. Father O Satan O Sun!
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10. Ov Fire and the Void
11. Conquer All
12. At the Left Hand ov God
13. Slaves Shall Serve
14. Chant for Eschaton 2000

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