THE NEGATION, jeudi 5 mai 2016, Les Docks, Grenoble par Raph

THE NEGATION fait partie de ces groupes de black Metal français qui creusent tranquillement leur sillon et qui progressent mois après mois. En 2013, les Parisiens s’étaient fait connaître avec un premier album, froid et clinique, « Paths of Obedience ». Légèrement teinté de Death, le Black Metal proposé par THE NEGATION se caractérise par une noirceur abyssale. Le propos me fait penser un poil aux scandinaves de MARDUK, mais THE NEGATION sait aussi sortir du bourrinage classique en intégrant des ambiances rampantes et morbides du meilleur effet (écoutez « One God » pour vous en convaincre). Dans ces moments calmes (tout est relatif, hein ?), on découvre un sens intéressant de la mélodie.

Les Franciliens se distinguent surtout par un discours loin des poncifs classiques du genre : pas de référence au Malin et au panthéon infernal chez THE NEGATION ! Le groupe parle surtout de la soumission des peuples à l’oligarchie mondiale, de la corruption des élites, de la marche forcée vers le chaos, de surconsommation … Tout un programme !

THE NEGATION a enfoncé le clou avec un 2e album en 2015 : « Memento Mori ». Les thématiques et la musique restent globalement les mêmes. Signé sur le label nordiste KAOTOXIN, le groupe commence à multiplier les concerts hors de la capitale. Après avoir hanté les nuits parisiennes, il est temps d’aller corrompre les âmes à travers toute l’Europe. C’est au cœur du long week-end de l’ascension que THE NEGATION enchaîne 4 concerts dont un à Grenoble. L’occasion est belle pour aller observer la bête directement en concert.

The negation affiche

Accompagné de ma moitié, il me faut une petite heure pour rejoindre la capitale iséroise. J’avoue n’avoir jamais entendu parler de la salle de concert annoncée : Les Docks. A priori, située en plein centre-ville, nous nous garons dans une petite ruelle. On finit à pied en cherchant la bonne adresse. On se pointe avant 19h30 devant les Docks : une douzaine de barbus vêtus de noir campe sur le trottoir. Parmi eux, je reconnais le chanteur d’ELECTRIC SHOCK. Pas de doute : nous sommes au bon endroit. On attend le début des hostilités en discutant avec Agarash, bassiste et fondateur de THE NEGATION.

Après s’être acquitté du droit d’entrée de quelques euros, nous entrons dans les lieux. Poussiéreux et exigu, Les Docks ne sont pas équipés d’une scène propre. Les groupes se produisent au niveau du public, entre 2 piliers. Limite comme conditions mais finalement assez « roots ». Des fringues Goth pendent un peu partout, des vieilles affiches toutes défraichies collées aux murs nous apprennent que des groupes de Punk et de Rock aux noms improbables se sont déjà produits dans cet endroit. L’ambiance quelque peu poisseuse est finalement parfaitement adaptée au style du jour.

Nous avons droit à un « opener » sur cette date, MORTIS MUTILATI. Cet autre groupe de Black parisien m’est complétement inconnu. Nous jugerons sur pièce.

MORTIS MUTILATI

Pas de doute, à la vue de l’accoutrement des musiciens, nous avons bien à faire à un groupe de Black. Corpse-paints, cartouchières et tenues noires déchirées sont de sortie. Le chanteur / bassiste hirsute utilise des lentilles de contacts blanches. L’effet pourtant simple est tout à fait saisissant : le regarder engendre un malaise angoissant. Assez bluffant.

Détail croustillant : un superbe blason de l’auvergne illustre la basse du leader. Voici un musicien fier de ses racines.

MORTIS MUTILATI joue donc du Black Metal avec de fortes doses de mélodie dedans. Ça blaste certes ! Mais, les lignes mélodiques sont assez propres. Je m’attendais au pire mais franchement, c’est plutôt une bonne surprise. Encadrant leur leader chanteur / bassiste, les 2 guitaristes tricotent de part de d’autre distillant leurs riffs malsains. Il y a parfois de longues phases entièrement instrumentales vraiment réussi. Il n’y a pas de synthé sur ce concert et je me demande si le disque ne s’appuie pas sur un tel instrument ou sur des samples pour habiller leur musique.

motis mutilati - live

Malheureusement, vu l’équipement sommaire des lieux, on a vraiment du mal à discerner les subtilités du style. MORTIS MUTILATI mériterait sans doute d’être vu dans de meilleures conditions.

Durant ce premier concert, la salle se remplit doucement pour arriver à une vingtaine de spectateurs. Soit autant que pour le dernier concert de CAUCHEMAR à Saint-Etienne. Donc, plutôt un bon score pour un jeudi soir en province, on va dire.

Au bout d’une petite demi-heure, la messe est dite. Je suis suffisamment interpellé par la prestation de MORTIS MUTILATI pour me procurer leur dernier CD sorti en 2015 : « Mélopée Funèbre ». Oups ! Le groupe chantait en français ? Vache : nous ne nous en sommes même pas rendu compte ! Ha ha ha !

Post concert, l’écoute de cet opus me confirmera mon impression du concert. Le BM mélodique proposé par ce groupe parisien est vraiment intéressant. Malsain et blasphématoire, le disque mérite d’être écouté. Production sale juste ce qu’il faut, mélodies entêtantes et planantes, MORTIS MUTILATI utilise des vocaux féminins pour souligner son propos : artifice bien entendu absent lors de ce set aux Docks de Grenoble. A revoir donc avec plus de moyens techniques.

THE NEGATION

Pendant la prestation de MORTIS MUTILATI, les musiciens de THE NEGATION tentent de s’isoler pour se préparer. Et quelques minutes à peine après la fin de la première partie, THE NEGATION attaque son concert.

Comme évoqué dans l’introduction, le groupe parisien tente de se démarquer dans les paroles et les thématiques abordées. Cette démarche s’accompagne d’un travail sur les tenues de scène. Les 5 musiciens de THE NEGATION sont habillés de manière identique : perfecto de cuir, capuche noire, bandeau devant la bouche, corpse-paints macabres et lourde chaine d’acier attachée au cou. Ils sont ainsi enchainés au sol, comme tout quidam entravé par les contraintes de cette société moderne. Là aussi, avec des éléments simples, le groupe arrive à susciter quelque chose. Cette apparente uniformité accentue le malaise (un peu à l’instar d’un GHOST, toute proportion gardée bien entendu).

Le chanteur, AKA vocifère en s’appuyant sur une gestuelle guerrière adaptée. Le gars est manifestement possédé et arrive parfaitement à traduire le caractère désespéré et misanthrope de la musique. Car, privé de tous ses samples et autres oripeaux pour des raisons techniques, THE NEGATION a choisi de nous présenter sa phase la plus brutale ce soir. Ainsi, la set-liste se voit raccourcie (pas de « Résistance » ce soir par exemple, tube de « Memento Mori ») et s’appuie sur les brûlots les plus violents.

Le concert passe pour un tabassage en règle. Malheureusement, la faiblesse des moyens techniques mis en œuvre uniformise la musique de THE NEGATION. J’ai du mal à retrouver les petites finesses et autres variations qui font la richesse des disques de la formation parisienne. Mais, ça reste efficace : un black Metal nihiliste et parfaitement exécuté.

Le chanteur ne communique absolument pas avec le public, se cantonnant dans un rôle glacial de prédicateur ravagé. Les spectateurs justement sont comme absorbés par cette décharge de sauvagerie froide. Nous aurons droit à un petit featuring : le hurleur de MORTIS MUTILATI va monter sur scène pour un duo apocalyptique.

The negation live

L’impression d’ensemble est bluffante : la puissance musicale couplée à une uniformité visuelle travaillée donne un résultat vraiment intéressant. Avec cette set-liste raccourcie, le concert se termine au bout de 45 petites minutes. Au moment de quitter la scène, les musiciens jettent leurs chaînes au sol comme pour s’émanciper des règles de cette société corrompue : enfin libres ! Le symbole est fort et bien trouvé.

A l’issue du concert, nous aurons encore l’occasion de discuter avec les musiciens à peine démaquillés. Les gars sont sympathiques et ouverts : loin de l’image affichée sur scène. Mais, encore une fois, la prestation de ce soir a été quelque peu handicapée par les moyens mis à disposition du groupe. Avec peu de moyens mais un talent indéniable, les musiciens de THE NEGATION ont tout de même réussi à transmettre leur message presque politique. Fort !

Comme pour MORTIS MUTILATI, je croise les doigts pour revoir THE NEGATION sur une scène plus à la hauteur de leur talent. Sous une tente du HELLFEST vers 11h00 du matin à tout hasard ? C’est tout le mal que je souhaite à ce jeune groupe novateur.

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