émission n° 106 (mercredi 5 octobre)
Posté le | mar 4 Oct 2016 | Commentaires fermés sur émission n° 106 (mercredi 5 octobre)
Jean-Pierre Siméon, à défaut d’avoir été présent physiquement aujourd’hui, a répondu à nos questions par téléphone en début d’émission. Le dramaturge-poète a beaucoup parlé de son amitié avec Sophocle (!) et aussi de ses pièces qui ouvrent (et se poursuivent dans) la saison du TNP : les « variations à partir de Sophocle » Électre (du mardi 4 octobre au dimanche 9, à 20h30 en semaine et 16 heures le dimanche ; lisez le compte-rendu de Goulven en complément !) et Antigone (du mardi 11 au dimanche 16) – puis la Boîte, du mardi 2 au jeudi 10 novembre). Sans Iza ni Gérald, je n’ai pas osé aller jusqu’à 15 heures ; mais avant d’écourter l’émission, maintes annonces ont été faites : la 5e Symphonie de Beethoven (notamment) résonnera à l’Auditorium ces jeudi 6 (20h) et samedi 8 octobre (18h) avec l’ONL sous la baguette de Gabor Tagacs-Nagy ; Vera de Petr Zelenka (avec Marcial di Fonzo Bo, Karin Viard, Helena Noguerra et Pierre Maillet) continue aux Célestins jusqu’à ce samedi 8 octobre (à 16h puis 20h ce jour-là d’ailleurs !) ; Zhu Xiao Mei interprétera les Variations Goldberg de Bach (qu’elle connaît bien et joue souvent) à la salle Molière le mercredi 12 octobre à 20h30 (dans le cadre de la saison de Fortissimo Musiques) ; l’Ange de Feu de Prokofiev sera donné sur la scène de l’Opéra du mardi 11 au dimanche 23 octobre ; enfin, l’Algarade jouera Quelque part dans le vaste monde… de Louis Calaferte au Tapis Volant à Rilleux-la-Pape du jeudi 6 au samedi 15 octobre (20h30) !
161005 spectaculaire 106 JP Siméon
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Savall en voyage à l’Auditorium
Posté le | lun 3 Oct 2016 | Commentaires fermés sur Savall en voyage à l’Auditorium
C’est un concert bien étrange que propose l’Auditorium, pour une seule date hélas, ce lundi 3 octobre (à 20 heures ; propos d’avant-concert par Claire Laplace à 19 heures dans le Bas-Atrium, entrée libre) : le voyage, en musique, d’Ibn Battuta dans le monde connu du XIVe s. (Afrique, Asie, Extrême-Orient et Europe !) par Jordi Savall et son ensemble Hespèrion XXI. Jetez un oeil à la stupéfiante performance des artistes en février dernier à la Philharmonie de Paris avant de vous décider à vous rendre dans la salle Maurice-Ravel !
« Vera » : bien (qui rira le dernier !) aux Célestins
Posté le | dim 2 Oct 2016 | Commentaires fermés sur « Vera » : bien (qui rira le dernier !) aux Célestins
Karin Viard EST Vera et elle s’en donne à coeur joie !! Très bien accompagnée par les cinq autres comédiens, dans cette pièce de Petr Zelenka donnée jusqu’au samedi 8 octobre au théâtre des Célestins, elle est la seule à n’interpréter qu’un seul rôle, celui d’une executive woman « qui travaille tellement qu’elle en a oublie de faire des enfants » (lui lance Alex, son frère), puisque les autres se partagent la galerie de personnages (environ une vingtaine !) ; nommons-les : Marcial Di Fonzo Bo (à la mise en scène également) Pierre Maillet (déjà venu dans l’émission !), Helena Noguerra, Lou Valentini et Rodolfo de Souza. C’est rythmé, drôle, incisif, décapant, triste et tragique. Recevrons-nous quelques comédiens dans l’émission de ce mercredi 5 octobre ? Restez à l’écoute du 102.2 et guettez les informations sur le blog !
émission n° 105 (mercredi 28 septembre 2016)
Posté le | mer 28 Sep 2016 | Commentaires fermés sur émission n° 105 (mercredi 28 septembre 2016)
Sans invité ni Gérald mais avec Iza qui était bien là, nous avons enfin repris ! Quel retour en fanfare (en audio et même en stéréo) avec nos quelques annonces et, surtout, notre large présentation de PNL (on aura quand même aussi écouté, puisque la date l’imposait un peu, la Femme avec « Septembre » !) !
160928 spectaculaire 105 Iza & PNL
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ça redémarre !
Posté le | mer 28 Sep 2016 | Commentaires fermés sur ça redémarre !
Enfin, après une toute petite pause de même pas trois mois, nous sommes de retour à l’antenne ! Ne manquez la première de notre quatrième saison tout à l’heure à 14 heures, juste après le Panorama Hebdo et avant le Blues des Canuts !
Un Requiem à l’Auditorium
Posté le | ven 23 Sep 2016 | Commentaires fermés sur Un Requiem à l’Auditorium
La rentrée continue fort à l’Auditorium : après le Sacre du Printemps de Stravinsky la semaine dernière, c’est le Requiem de Verdi qui est donné cette semaine (vendredi 23 septembre à 20h et samedi 24 à 18h) par l’Orchestre national de Lyon sous la direction de Leonard Slatkin. Le chef qui entame sa dernière saison à la tête de l’ONL (depuis 2011 !) aura certainement à choeur (oui, bon, le jeu de mot est facile mais on ne peut parler de cette oeuvre monumentale sans nommer Spirito, né en 2014 du rapprochement entre les ensembles vocaux « les Chœurs et Solistes de Lyon » de par Bernard Tétu et le Chœur Britten de Nicole Corti) de faire frissonner et frémir la grande salle Maurice-Ravel ! Et puis comme le programme est déjà disponible, ben il ne reste plus qu’à filer à la Part-Dieu, au pied de la tour du Crédit Lyonnais !
Bonne rentrée à tous !
Posté le | jeu 15 Sep 2016 | Commentaires fermés sur Bonne rentrée à tous !
Bon. Gérald et moi sommes dans les starting-blocks mais le signal de départ pour la nouvelle saison n’ayant pas encore eu vraiment lieu – oui oui, regardez bien : tout n’a pas encore recommencé sur les nombreuses scènes lyonnaises -, nous patientons avant de reprendre fin septembre-début octobre. En attendant, puisque certaines institutions ont tout de même repris, nous vous signalons le concert « sacré rentrée » de l’Orchestre National de Lyon, à l’Auditorium ces jeudi 15 (20h) et samedi 17 septembre (18h) autour du Sacre du Printemps de Stravinsky (avec des oeuvres de John Adams, John Cage et Rachmaninov) : entre la furie russe et les trépidations américaines, les quelques minutes (4:33) de silence offertes sauront être appréciables !
Coup de blues ? Rendez-vous aux Nuits de Fourvière !
Posté le | ven 15 Juil 2016 | Commentaires fermés sur Coup de blues ? Rendez-vous aux Nuits de Fourvière !
Une petite brève comme ça, avant le silence en ligne jusqu’en septembre prochain – en fait, on réapparaitra peut-être à la mi-août pour parler du festival Berlioz (du vendredi 19 au mardi 30 à la Côte-Saint-André ; mais si, vous savez qu’on aime bien : on en avait parlé l’année dernière) ! Donc, si vous souhaitez un peu de dépaysement avec du blues dedans, embarquez pour un voyage proposé par les Nuits de Fourvière, ce samedi 16 juillet ! Direction New York, Mali, Caraïbes avec Taj Mahal, Eric Bibb & Habib Koité et Raphaël Imbert ! (Compte-rendu à lire sur le blog ensuite !)
Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? C’est les Nuits de Fourvière à Lacroix-Laval !
Posté le | lun 11 Juil 2016 | Commentaires fermés sur Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? C’est les Nuits de Fourvière à Lacroix-Laval !
Un premier tiers est passé mais il en reste deux – de quoi ? du festival gratuit de théâtre, danse, cirque et musique des Nuits de Fourvière délocalisé sur un parquet et sous trois chapiteaux au Domaine de Lacroix-Laval (à Marcy-l’Étoile) ! Renseignements sur les bals tango, bal italien, bal folk ou brésilien ainsi que les compagnies présentes, le tout dans une ambiance de guinguette sur ce site !
Thomas Jolly e(s)t « Richard III » – Gargantua aux Célestins !
Posté le | mer 6 Juil 2016 | Commentaires fermés sur Thomas Jolly e(s)t « Richard III » – Gargantua aux Célestins !
Thomas Jolly et la Piccola Famiglia nous ont rassemblés pour plus de quatre heures trente – au Théâtre des Célestins, du 17 au 20 mai 2016 – autour de la dernière pièce qui compose une des tétralogies historiques shakespeariennes : The Life and Death of Richard the Third (1592).
Le fil de l’intrigue tient aux trois parties de la pièce intégrale Henry VI, qui précède Richard III. En effet, la mort d’Henry VI (de la maison Lancaster), avec la montée sur le trône d’Angleterre par Édouard IV (de la maison York), est l’amorce de Richard III. Cette pièce achève alors plus d’un demi-siècle de l’Histoire du trône d’Angleterre.
Thomas Jolly et sa troupe ont joué le jeu : avant d’aborder Richard III, ils se sont correctement plongés dans Henry VI, une pièce qui comprend quinze actes, deux cents personnages et près de dix mille vers ! – soit plus de dix-huit heures de spectacle ! Ce coup de théâtre (!) a permis à Thomas Jolly et la Piccola Famiglia de récolter des prix (« Beaumarchais » du meilleur spectacle en 2014, « Molière » du meilleur spectacle de théâtre public en 2015, « Jean-Jacques Gautier » la même année), de la popularité (notamment au Festival d’Avignon en juillet 2014) ainsi que du prestige dans le milieu professionnel !
Le public réclamait la suite ; une seule année de travail a suffit pour Thomas Jolly et sa troupe afin de mettre en scène ce monument du répertoire de Shakespeare : (the) Richard III (has come !).
Précédemment, dans Henry VI, l’Angleterre est en proie à la guerre civile qui oppose la famille York (sous la bannière de la rose blanche) et la famille Lancastre (sous celle de la rose rouge) aux droits de succession de la couronne du pays. Nous sommes dès lors projetés dans un monde très sombre où s’organise le pouvoir de la maison York, depuis la mort du roi Henry VI, issu de la famille royale des Lancastre. Nous découvrons d’abord Richard III, comme s’il sortait des ténèbres, incarné par un Thomas Jolly dégingandé, désarticulé, animalisé (par le costume), difforme, disgracieux, repoussant et d’autant plus terrifiant lorsque la scène d’exposition se termine sur ces mots : « Je suis tourmenté de ce désir de saisir la couronne d’Angleterre ! Et de ce tourment, je veux me libérer, dussé-je me frayer un chemin avec une hache sanglante ». La musique tonitruante met en valeur la teneur des propos de Richard III et ainsi, les enjeux de la pièce. Cette entrée en matière qui s’accompagne d’une musique psychédélique, d’un personnage semblant sortir d’un film de Tim Burton, des effets produisant une dramaturgie entre ombre et lumière, d’un texte hurlé et claquant, permet d’installer le spectateur dans un véritable thriller – le thriller de Richard III.
L’ensemble de la famille royale de York fait son apparition : les frères de Richard III, Clarence (joué par Damien Avice), le roi Édouard IV (joué par Damien Gabriac), sa femme la reine Elizabeth (jouée par Émeline Frémont), ainsi que leurs enfants (la descendance des York). La politique très austère menée par Edouard IV repose sur une illusion de sécurité – avec une astucieuse projection d’images issues d’une dizaine de caméras de surveillance – pour se protéger de toutes menaces qui fragiliseraient sa place sur le trône. Cela révèle le caractère paranoïaque et la fragilité du personnage, notamment en ce qui concerne sa santé – ce qui laisse planer des doutes sur ses capacités à diriger le pays à l’avenir. Thomas Jolly réussit à créer l’atmosphère toxique de la cour, un monde froid où règnent rancœur, hypocrisie et acerbité, dont il est lui-même le poison ; d’ailleurs souvent source de sourires et moqueries, sur scène et dans le public, Richard III puise là sa monstruosité et ses invectives dans ses apartés. En effet, derrière le(ur) (ri)dos(/eau), le stratagème de Richard III se prépare, et n’épargnera personne : dévoré par l’ambition, celui-ci cumulera les meurtres pour se frayer un chemin vers le trône.
Sa première victime est son propre frère, Clarence, successeur direct d’Édouard IV, qu’il enferme dans la Tour de Londres ; puis il commanditera son assassinat. Richard III réussit également à compromettre Lady Anne (jouée par Flora Diguet), veuve déchue et désemparée par la mort d’Henry VI (dont le meurtrier n’est autre que Richard III lui-même !). Cette scène énigmatique est sûrement la plus subtile dans le mélange des registres : entre épopée, lyrisme, tragédie et même comique, Thomas Jolly provoque alors peur, (éclats de) rire («Tu étais provoqué par ton âme sanguinaire qui ne rêva jamais que boucheries. — N’as-tu pas tué ce roi ? — Je vous l’accorde. — Tu me l’accordes, porc-épic ? ») et émotion. Ce dernier parvient alors à épouser son amour d’enfance. Edouard IV finit par s’éteindre, laissant ainsi le champ libre au tyran qui élimine les frères de la reine Elizabeth et écarte du trône ses propres neveux héritiers, les Princes York et Édouard. Thomas Jolly remporte le défi de jouer plusieurs personnages à la fois car Richard est lui-même acteur, interprétant un être grossier, bouffon au yeux des autres, mais, caché derrière son cynisme, sa lucidité et son intelligence, ce jeu lui permettra de parvenir à ses fins. Richard III est alors sacré roi d’Angleterre – et même roi de la salle des Célestins, car Thomas Jolly fait subtilement participer le public au tournant politique : les spectateurs, devenus sujets, accordent, dans l’acclamation de la liesse populaire, le pouvoir à Richard III ! — jusqu’à ce que ses deux neveux aient grandi. Après cela, le rock, à proprement parler fait son apparition et conforte le spectateur dans le caractère singulier de la mise en scène : un concert est donné pour célébrer le nouveau roi : « the show must go on » pour Richard III ! Thomas Jolly entre dans la peau d’une rock star. Ce moment surprend très clairement les spectateurs, mais Thomas Jolly tente de les rassurer : « Hey guys, it’s just a song. Don’t care, okay ! We want you to sing : can you do that ? Can you do that really here ?! Okay let’s drag » avec le refrain entêtant « I’m a dog, I’m a toad, I’m a hedgehog… I am a monster ! » (« Je suis un crapaud, je suis un chien, je suis un porc-épic… Je suis un monstre ! »). Oui, Thomas Jolly décide de chanter, célébrer, proclamer ces insultes qui ont mené Richard III à sa gloire !
Après un entracte de trente minutes, le spectacle s’ouvre sur l’acte IV, qui replace les événements dans leur contexte, et les noires pensées dans l’esprit de Richard III. Tout devient plus noir, vicieux et fort, les plateaux sont aussi plus nombreux. Cela nous renvoie même au début de l’épopée de Henry VI « Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, faites place à la nuit ». Le personnage éponyme s’avère être de plus en plus inquiet au sujet de la fragilité des fondations de son règne. Il fait alors successivement assassiner celui à qui était destiné la couronne, le prince Édouard, ainsi que son frère, puis son mentor le Duc Buckingham, et même sa propre femme Lady Anne, dans le but d’épouser sa nièce, la jeune Elizabeth, pour asseoir son despotisme. Or, elle est aussi convoitée par le comte Richmond, en exil en France, sur le point d’accoster sur les terres de la Grande Bretagne.
Les actes sanguinaires se déversent d’ailleurs sur l’Angleterre, et plonge le pays dans le chaos. Richard mobilise son armée contre celle de Richmond. Avant le combat, nous retrouvons Richard III dans une scène – sûrement la plus forte en dehors du dénouement – où nous sommes projetés dans son esprit tourmenté et hanté par toutes les âmes fantômes dont il causa la mort. Le voilà alors victime de ses ambitions, happé par sa barbarie, mise à mal par sa folle lucidité. Thomas Jolly en fait un moment intense, violent pour les oreilles, les yeux, l’esprit et le cœur. Plusieurs minutes de tension colérique extrême, avant quelques secondes de pitié quand nous découvrons la petitesse de cet homme, fragile et qui a côtoyé ses limites. Le dénouement est là : nous retrouvons Richard III sur son cheval blanc. La scène de combat est plongé dans une pénombre où s’infiltre la lumière rouge qui caractérise le sang mort, la violence est quant à elle retransmise par les hurlements et cris des soldats. Richard III, seul et désarçonné, voit sa mort venir : « Un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval! ». Cette fin laconique reste spectaculaire et tient le spectateur en haleine, au bout de quatre heure trente.
La Piccola Famiglia a su raconter l’histoire d’un scélérat revendiqué, machiavélique à souhait, ainsi que la rivalité politique, les meurtres impardonnables, la peur d’une famille et l’ambition d’un seul homme. Thomas Jolly a réussi à brosser et incarner ce personnage auquel nous pouvons rattacher la notion grecque de l’hybris (démesure) pour son aspect tragique. Richard est né monstre et cultive sa monstruosité dans une société qui le rejette et l’humilie. Voir évoluer ce personnage, c’est découvrir que, selon la formule aristotélicienne « l’Homme est un animal politique » au premier degré de chaque terme. A ce sujet, Shakespeare nous interroge : l’ivresse du pouvoir pourrait-elle corrompre n’importe lequel d’entre nous ? S’agit-il d’un drame universel dans lequel les pires défauts de la nature humaine son mis en jeu ? Richard III est un « animal politique » exerçant les manipulations, les mensonges qui justifient alors les pires violences. Nietzsche dit que « ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude » : cela résume alors la démarche vers le mal et le cycle de l’horreur dans lequel s’est précipité Richard III, qu’ont su exploiter Thomas Jolly et sa troupe. Camus a beau nous rappeler « qu’il faut se surveiller sans arrêt pour ne pas être amené, dans une minute de distraction, à respirer dans la figure d’un autre et lui coller l’infection », l’homme n’en est pas moins porteur de violence, et pour ne pas devenir un Richard III des temps modernes, il se doit d’éviter de causer la mort et la violence.
Le travail de la mise en scène rend ce spectacle vivant et séduisant, du fait notamment des jeux de lumière, entre « révélation » et « occultation » (un grand bravo à François Maillot et Antoine Travert), avec la puissance des sons (Clément Merguez) qui permettent de créer un univers mécanique, noir, très actuel et en même temps fantastique, hors de notre espace-temps, tout comme l’ensemble du décor. La forme que nous a proposé Thomas Jolly a assurément sublimé le fond et le génie de Shakespeare.
Thomas Jolly est certainement un des metteurs en scène les plus doués de sa génération ; mais il est également un acteur formidable. L’audace définit à proprement parler son travail, et, force est de constater que ça marche ! D’ailleurs, le metteur en scène-comédien est parfaitement en accord avec Shakespeare sur ce que doit être son théâtre : « S’il n’y a pas de populaire, c’est élitiste. S’il n’y a pas d’exigence, c’est populiste ». Thomas Jolly réveille le théâtre, les vers du dramaturge de Statford-upon-Avon, et réveille les spectateurs – on nous en colle plein nos oreilles et nos yeux ! Ce prodige a encore beaucoup de choses à nous dire et montrer ! Nous retrouverons très prochainement la Piccola Famiglia pour un feuilleton théâtre au Festival d’Avignon 2016 avec Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse. De plus, Thomas Jolly et sa troupe nous proposerons dans le courant 2017 un huit-clos dans l’océan, celui du Radeau de la Méduse de George Kaizer. Seul, Thomas Jolly travaille sur la mise en scène de deux opéras : Eliogabalo de Francesco Cavalli à l’Opéra National de Paris et Fantasio d’Alfred de Musset au Théâtre National de l’Opéra Comique – et il se murmure qu’il projette de s’attaquer à une autre épopée, autour de Thyeste, de Sénèque cette fois-ci ! Mais jusqu’où s’arrêtera-t-il ??…
Ambre C.