Spectaculaire

émission à caractère culturel (un peu mais pas trop quand même) les mercredi de 14h à 15h

« pas de bras, pas de chocolat »…

Posté le | lun 30 Mar 2020 | Aucun commentaire

oui, ce n’est pas très drôle mais comment dire autrement que, sans actualité culturelle ET avec la situation de confinement, eh bien il est difficile de continuer à faire des émissions de Spectaculaire… Donc, on ne peut que vous inviter à réécouter (en intégralité si vous le souhaitez ; ou seulement quelques-unes, c’est comme vous voulez) les deux cents vingt deux émissions en ligne sur le site ! Et on se retrouvera en mai ou plus tard ! D’ici là, portez-vous bien – c’est très sincère !

 

émission n° 222 (mercredi 11 mars 2020)

Posté le | jeu 12 Mar 2020 | Aucun commentaire

Pas de Gérald, pas d’invité : ah ça n’est jamais gage d’une bonne émission, ça… En réécoute néanmoins, pour ceux qui le souhaitent, des annonces : expositions, festivals, théâtre, musique, cinéma ! Quel beau programme de spectacles actuels et futurs ! Sans revenir sur tout, soyez attentifs.ves aux événements suivants : la seizième édition du festival « mon voisin est francophone » (pour mémoire, réécoutez Suzanne Page il y a presque un an pile ; retrouvez des informations dans le programme), le festival de danse « Sens dessus dessous » (jusqu’au dimanche 25 mars ; attention : des annulations de spectacles ont été annoncées et sont à retrouver sur le site), la soirée du cinéma hongkongais à l’Institut-Lumière (ce samedi 14 à partir de 20h30), le week end avec Yannick Haenel à l’Auditorium (deux concerts valent de s’intéresser à la venue de l’écrivain : Drumming de Steve Reich samedi 14 à 18h et l’Histoire du soldat de Stravinsky dimanche 15 à 11h) !

Programmation musicale :

(en concert ce vendredi 13 20h30 avec Molly Sablé à l’Épicerie Moderne)

 

 

 

200311 spectaculaire 222 Annonces diverses

émission n° 221 (mercredi 19 février)

Posté le | sam 15 Fév 2020 | Aucun commentaire

Pour parler du spectacle I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky (John Adams, 1995) donné actuellement par l’Opéra de Lyon au théâtre de la Croix-Rousse (du jeudi 13 février au dimanche 23), nous avons reçu deux artistes du Studio de l’Opéra, un chanteur et une chanteuse : Alban Legos et Clémence Poussin (Facebook), respectivement Dewain et Consuelo, sur scène ! Les deux jeunes artistes nous ont un peu parlé d’eux et ont presque tout dit (de ce qu’il était possible de dire !) sur l’opéra pop la poignante et virevoltante comédie musicale dramatique du compositeur américain et de sa librettiste June Jordan (1936-2002) ! Mais comme dire ce n’est pas réellement faire, allez assister à l’une des enthousiasmantes représentations (20h en semaine, 19h30 le samedi et 15h le dimanche) : vous ne serez pas déçu.e.s ! Pour les annonces en fin d’émission, un peu de théâtre (Architecture se termine ce soir aux Célestins ; Agatha est donné jusqu’à vendredi au TNP) et de musique (la Première symphonie de Mahler sera jouée par l’ONL jeudi et vendredi à l’Auditorium).

 

© Blandine Soulage

 

Programmation musicale (seulement des titres de l’oeuvre) :

© Jean-Louis Fernandez

(nous avons a-do-ré ; si si, lisez-nous !)

 

 

200219 spectaculaire 221 ‘I was looking at the ceiling’

Cet amour qui déchiquette et est dur : c’est « architecture » aux Célestins

Posté le | mer 12 Fév 2020 | 2 commentaires

1.

Architecture, 12-19 février 2020

Grande salle du Théâtre des Célestins

Trois heures sans entracte.

« (L’)ARCHITECTURE (DU CHAOS) » *

Titre d’un documentaire passionnant, et sans doute (?) trop méconnu, consacré au nazisme et à l’hitlérisme comme esthétique délirante, réalisé par Peter Cohen en 1992 (commentaire lu par Jeanne Moreau). 

Pascal Rambert (texte, mise en scène et installation), après avoir déjà écrit spécialement pour certains de ces comédiens, écrit « Architecture pour chacun et tous » comme le précise sa note d’intention. Cela veut dire neuf comédiens hors-pair (dont l’exceptionnel Jacques Weber comme une cerise sur le gâteau), neuf comédiens incarnant singulièrement et magistralement les membres d’une famille viennoise brillante et très cultivée confrontée à la fois à sa propre violence explosive et à celle de l’Histoire (« avec sa grande hâche » comme aurait dit Perec). Chacun est mu et transporté par sa quête douloureuse de sens et de beauté dans un monde qui est en train de s’effondrer.

Pour Pascal Rambert, « Architecture est un memento mori pour penser (panser ?) notre temps ». C’est vrai que la mort (a fortiori du langage) est omniprésente dans ce « spectacle » ravageur et bouleversant, totalement trans-historique, « mais on en sort vraiment ragaillardi et tout « tourneboulé ». Cette « belle guerre des nerfs » de trois heures n’a pas fini de vous remuer et de vous questionner sur ce qui reste d’humanité et d’amour quand tout concourt à leur perte. Culture et barbarie ont toujours fait si bon ménage !

S’il s’agit d’une « brutale histoire de famille qui s’apparente à un naufrage (…) aux lendemains de la Première guerre mondiale et aux portes de l’Anschluss », ce contexte historique et cette situation familiale particulièrement troublées ont vite fait de tendre à une réflexion très profonde et universelle sur ce qu’est le corps, le langage, l’amour, la mort, la politique et sur quelques « raisons d’espérer ».

À partir d’un texte très puissant (avec de belles fulgurances) et très référencé, s’organise une folle polyphonie au sein de laquelle chacun des comédiens joue sa partition à merveille. La scène des Célestins architecturée et designée (cf. le mobilier…) avec un soin et une efficacité maximale (on pense à ces neuf « colonnes parlantes » ioniques qui constituent aussi le dispositif sonore et mémoriel de la pièce) devient, in fine, le théâtre d’une parole agissante (« quand dire c’est faire ») où le corps (aimant-frustré-jouissant-souffrant-prostré-combattant…) doit et devra de toutes façons prendre position pour continuer à (éventuellement) exister.

Mais comment sortir indemne de toute ces violences conjuguées, de toutes ces humiliations à répétition, de ces combats perdus, de ce nihilisme anxiogène, de cette sale époque qui ressemble furieusement à la nôtre ?

Une « pirouette finale », comme une ultime mise en abîme du spectacle après un grand nombre de métaphores architecturales (les quatre-vingt douze métopes du Parthénon par exemple…), laisse un peu, à mon goût et malgré tout, à désirer…

Allez-y ! C’est une pièce vraiment inoubliable !

 

Gérald

 

 

2.

La pièce Architecture (Pascal Rambert, 2019), donnée actuellement aux Célestins, est absolument fabuleuse, prodigieuse, faramineuse ! Elle contient tout : la vie, l’amour, la mort, la haine, les guerres, la famille, le couple, les enfants, le sexe, la honte, l’homosexualité, l’Histoire, la géographie, l’Europe, l’Amérique, le racisme, le sexisme, l’orgueil, l’art, la maladie, le trouble, l’inquiétude, l’intranquillité, la sérénité, la joie, la douleur, le passé, le présent, la philosophie, la musique, la littérature – et l’architecture ! C’est, bien entendu, facile de procéder une énumération, mais c’est également complètement fidèle à ce qu’est cette pièce de théâtre total. Les comédiens, tout de blanc-beige vêtus au début, sont toujours présents sur scène et, ne dialoguant pas toujours entre eux, se livrent la plupart du temps à des monologues extrêmement bien écrits et splendidement joués. Mettre en avant Emmanuelle Béart ou Jacques Weber n’a pas vraiment de sens car tous les comédiens sont excellents – tout au plus cela signifie-t-il que la distribution comporte de vraies célébrités qui appartiennent à l’histoire du cinéma français. Il ne reste hélas qu’une date à Lyon, ce soir – sinon, il faudra aller à Bologne ou attendre une reprise… peut-être une diffusion aura lieu à la télévision mais attention : le spectacle vivant ne doit se voir que sur scène ! la télé n’est qu’un pis-aller…

 

C.R.

une enquête épique : « l’affaire odyssée » aux asphodèles

Posté le | mar 11 Fév 2020 | Aucun commentaire

Le collectif de théâtre musical Odyssée propose un curieux spectacle : une enquête autour de l’oeuvre d’Homère, en musique et dans les codes du film noir des années 40 et 50 (tueurs à gages, chefs de la pègre, coups tordus et rebondissement final) ! Ce thriller musical « à clefs » retraçant les fameuses aventures d’Ulysse (l’Odyssée et l’Iliade) était au théâtre des Asphodèles à la mi-février et c’était emballant à souhait ! Quelle énergie des musiciens avec leurs instruments et leur entrain ! La vidéo, très utilisée, pleine de vie et de poésie, participait totalement à la loufoquerie ambiante ! Il faudra assurément guetter une reprise – en prenant, par exemple, des renseignements sur le site !

 

 

 

En bonus, les deux « tubes » repris dans le spectacle (mais, franchement, l’écoute ne dit rien de ce qui se passait sur scène ! Ah ben, le spectacle vivant, c’est à voir, et c’est pas autrement !) :

 

émission n° 220 (mercredi 12.2.2020)

Posté le | mar 11 Fév 2020 | Aucun commentaire

De l’art ! Nous avons enfin renoué, après une pause certaine ! Nous avons donc reçu Vanessa, Nicolas et Louis-Paul, du collectif les Arts visibles, pour une exposition homonyme qui aura lieu du mardi 3 au dimanche 15 mars à la Menuiserie (l’espace de l’association Solid’Arté sur les pentes de la Croix-Rousse ; entrée par le clos Jouve au 3 rue Carquillat ou le 41 rue Dupont, Lyon 1er ; Métro Croix Rousse ou arrêt Clos Jouve ; Bus C13 / C18) – ne manquez le vernissage le jeudi 5 à 18h30 ! Le thème portera sur la couleur, la lumière, l’illumination ou encore l’éveil ; la suite des informations est à retrouver ci-dessous, comme toujours (avec un complément ici quand même) ! Pour les annonces en fin d’émission : expositions, théâtre, musique, danse (précisions à venir sur les spectacles aux Célestins, au TNP, à l’Opéra-Théâtre de La Croix-Rousse, à l’Auditorium ainsi qu’au théâtre des Asphodèles) !

 

 

 

 

Programmation musicale :

(premier titre non diffusé mais je l’aime bien alors…)

Deuxième choix, toujours par Gérald : étrange mais pertinent !

La suite de la programmation est due à Louis-Paul et Nicolas ! Merci !

 

 

 

200212 spectaculaire 220 ‘Arts Visibles’

l’exposition « Drapé » : le musée des beaux-arts sur son 31 !

Posté le | mar 21 Jan 2020 | Un commentaire

À propos de : « DRAPÉ. Degas, Christo, Michel-Ange, Rodin, Man Ray, Dürer … » au Musée des Beaux Arts de Lyon jusqu’au 8 mars 2020.

Vertiges du pli ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le drapé !

Vous aussi, vous en avez marre du marasme actuel (social, politique, écologique, …), de ce monde anxiogène et plus que décousu, de ses tensions et autres dis-torsions trans-nationales ? Vous avez même souvent l’intime sensation d’avoir été comme jeté.e « dans de beaux draps », froissé.e d’être parfois ou trop souvent traité.e « comme une serpillère », ? Drapé.e dans la certitude inquiète de finir étranglé.e par de caressants oripeaux : ceux-là même que laisse déjà lamentablement pendouiller un peu partout notre pitoyable « anthropo-scène » criminelle ? Le torchon brûle, les ami.e.s !

Il est alors grand temps de venir faire peau neuve et vous ressourcer les tissus nerveux et cannelés… au Musée des Beaux-Arts pour un salvateur moment de « contemplation synesthésique » (n’ ayons pas peur des mots !). Prenez le temps nécessaire pour jouir de cette exposition totalement captivante et intitulée sobrement : « DRAPÉ ».

L’affiche particulièrement incisive (comme tous les visuels, jusqu’au somptueux catalogue !) tiennent en effet amplement leurs promesses. En sous-titre, figurent certes six noms de maîtres très alléchants (comme qui dirait « incontournables » et pour annoncer la couleur !), mais tout tient en fait dans ce subtil point de suspension final (!) car ce ne sont pas moins de cent-cinquante quatre artistes de l’aire occidentale, de toutes époques et provenances géographiques, qui sont représentés au sein d’un parcours très exigeant et pédagogique. Il ravira les spécialistes comme les profanes. Les oeuvres et objets très variées (dessin, sculpture, photo, peinture, vidéo, performance, danse…) et souvent empruntées à de prestigieuses institutions ont été savamment réunies là, pour nous, à l’occasion de ce qu’il faut bien appeler une magistrale leçon d’anthropologie esthétique du drapé et du pli.

Voilà, c’est dit : c’est une expo littéralement vertigineuse, d’une qualité exceptionnelle ! Courez-y ! Prenez le temps et laissez-vous captiver par tous ces méandres et ces moult rhizomes hypnotiques ! Et vous apprendrez tellement de choses en prime !

Maintenant, pour d’éventuels passionnés et courageux lecteurs (voire prochains visiteurs libidineux un peu fétichistes du drapé … cf. la salle Clérambault), je m’explique…

En cette période agitée où une colère légitime gronde dans des rues sur-tendues de drapeaux et de banderoles de plus en plus gonflés de slogans drôles et vengeurs, afin de lever le voile et faire perdre la face à certaines serviettes boursouflées (qui ne savent que rendre des torchons !) et qui s’entêtent visiblement à vouloir déchirer le tissu social, veuillez m’excuser de filer la métaphore et poursuivre ainsi le fil de mon propos !

Ce qui rend cette exposition passionnante, c’est qu’elle n’est pas seulement thématique, loin s’en faut, et encore moins chronologique (parcours impossible et sans doute de peu d’ intérêt).

Le « drapé » y est en effet déplié, déployé avant tout comme processus fondamental et complexe car au coeur même de la création plastique. Le drapé est bien sûr largement envisagé dans sa relation au corps (et au NU comme genre). La peau – voire le « moi-peau » de D. Anzieu (1992), en filigrane ? – et l’étoffe du vêtement n’ont-ils pas en commun d’être formées des mêmes plis et replis à tenter de représenter, de faire parler et d’ausculter ? (On pense ici à la très forte charge symbolique qui conduit des perizonium christiques (cf. Salmon) à l’iconoclasme nominaliste contemporain (d’un Manzoni) en passant par le drapé « mystère (de la foi) » et fantôme, lieu pré et surdéterminé du fantasme , écran, toile de projection « paréïdolique » par excellence (cf. Gombrich, L’art et l’illusion, 1987) où se tricote la forme et se détricote l’informe (cf. la vidéo ludique des ombres portées-visage d’A. Fleischer à l’étage intitulée L’homme dans les draps, 2003 : encore une belle « survivance » ).

Au delà d’un simple accessoire, devenu élément plastique et figuratif prégnant car universel et lié à l’histoire du vêtement, le drapé, bien ou mal jeté, bien ou mal dessiné (pas dans cette expo !), pose donc tout bonnement la question essentielle de la représentation esthétique, ses possibilités et ses limites, tendu qu’il est entre ce qu’il révèle forcément tout en l’occultant et ce qu’il cache définitivement tout en l’auscultant. (cf. la riche et dernière section 3 : « Anatomie de la draperie », l’introduction : « Survivance » et la salle finale en guise de conclusion « mystique », organisée comme une installation in situ : « Du drapé au pli »).

Résumons-nous un peu car il ne faut pas perdre le fil et tenter de prendre le pli (des circonvolutions de mon cerveau aux prises avec cet insondable corpus).

Qui dit processus dit « Pratiques d’atelier » (section 1) et gestes stratégiques en rapport au corps et au NU : « Le jet de la draperie : du nu au drapé », section 2). Trois grandes sections structurent l’exposition, la tissent donc : la boucle est bouclée, une incomparable « dissertation visuelle » s’accomplit dans l’espace, irréprochable. Quelques grand moments s’imposent qui imprègnent tout ce parcours presque cousu de fil blanc !

Dès 1435, Alberti pose les bases de la théorie et de la pratique académique de la draperie : « Lorsque nous faisons un personnage habillé, il faut d’abord dessiner un nu que nous drapons ensuite de vêtements ». Le Picasso de 1921 (après le sublime Ingres) s’attachera encore à cette tradition classique !

Dès 1622, on parle de « draper une figure, une statue à l’antique » (cf. la première sculpture à l’entrée de l’exposition inaugurant le « sens de la visite »).

Au XVIIIème, dans son Essai sur la peinture, Diderot « (…) ne connait guère de lois sur la manière de draper les figures ; elle est toute de poésie pour l’invention, toute de rigueur pour l’exécution. Points de petits plis chiffonnés les uns sur les autres… ». Pas de mesquinerie ! De la grandeur, à l’antique si possible.

Ces trois grands axes d’approches travaillent donc une grande variété et quantité d’oeuvres. Si le dessin (« père des trois arts » depuis Vasari, XVIème) domine logiquement (que de prouesses et virtuosité techniques !), la sculpture est aussi magnifiquement représentée (et les dessins de sculpteurs sont toujours si singuliers !) ainsi que des objets (nombreux mannequins d’étude rares au rez-de-chaussée), la peinture, la photographie, la vidéo (Fleischer), la performance (emballant Christo !) et enfin la danse (avec l’étonnant  « Corps est graphique » de Merzouki, le classique « Parades & changes » de Anna Halprin, Brygida Ochaim revisitant la Loïe Fuller, « Lamentation » de Martha Graham …).

Même si on ne fera que toucher du regard, on assistera pleinement au travail du pli, sa mécanique, la mise en place de sa physiologie, de sa topologie propre, en plus de percer quelques secrets de fabrication et conception d’une peinture plus ou moins « académique ». Et on caressera, comme Clérambault, en sortant de l’expo, le rêve d’une typologie exhaustive. Comment dire le drapé d’ailleurs ? C’est un vrai problème (comme pour la forme et la ligne, le clair-obscur qu’il englobe) : on repère facilement le pli gothique (cassé, brisé, anguleux) mais après ? Il faut faire un grand écart entre l’art textile et la psychanalyse : c’est le défi que relève cette exposition. Tensions, noeuds (plastiques !), brisures, ondulations, fluidité, courbe, mou, flasque, dur, raide, hiératique, lâche, ferme, souple, dé-tendu, lourd, léger, ample, large, étroit, pesant, amidonné, évanescent ? Les mots semblent manquer comme des trous dans un tissu à repriser !

Mais revenons un instant, avant de conclure, sur la scénographie. Claire, épurée, élégante, soyeuse même, certains la diront presque austère dans certains espaces dédiés aux dessins notamment. Que nenni ! Elle sert systématiquement la puissance plastique des drapés à l’oeuvre qu’ils soient dessinés (les nombreux dessins baroques par exemple), en volume (Rodin…), ou en mouvement.

Que de « Survivance » donc, de résonances aussi et au delà de certaines dissonances volontaires (ah ! ce « Cri de la soie » persistant !), le parcours montre qu’une forte tradition perdure des maîtres anciens jusqu’aux exploration plus modernes (Sévérini, Grosz, Léger, Hélion, Picasso …) et même contemporaines (Fleischer, Orlan, Pignon Ernest Pignon, etc). On assiste par là même au changement de statut du dessin, son autonomisation progressive, qui passe de simple étude préparatoire à une peinture, à l’oeuvre en tant que telle, acquérant à pas feutrés sa propre finalité.

Tout se déroule donc comme si le drapé était l’un des fils rouges majeurs de l’histoire de l’art (« Peu importe l’étoffe, pourvu qu’il y ait le pli » !). Trans-historique, il semble se prêter, s’apprêter à toutes les mises en plis (!), les convulsions, drames, fureurs ou acalmies, les gestes et les styles artistiques, les modes esthétiques. Il est comme le corps qui l’habite ou non : incontournable, créé pour que l’on s’y abîme , s’y perde, que l’on se laisse guider par ses pleins et ses vides, ses creux et ses saillies, sa fantas(ma)tique topologie : on passerait sa « vie dans les plis » (Michaux, 1949). Tantôt structurant (et formant), tantôt déconcertant mais toujours captieux, le drapé donne au spectateur l’envie d’aller au-delà de lui tout en s’imposant comme écran vertigineux, vous dis-je !

Virtuose dans sa restitution académique illusionniste, il s’affirme quintessence d’un style (et quasi signature), il permet de raconter, d’enchaîner et/ou déchaîner les formes, renforcer la trame d’un récit, d’une composition. Au coeur de la figuration et de la défiguration, il est propice à toutes les métamorphoses. Eisenstein, dans son Walt Disney (Circé, 1991) parlait de
« plasmaticité » de l’animation dessinée semblable à celle d’une flamme vacillante et du feu en général. La dimension plasmatique du drapé et du pli aurait peut-être pu donner place à d’autres oeuvres (cinéma expérimental et d’animation ?) mais on ne peut pas pousser les murs d’un musée ! — et peu d’écrans, ce n’est pas plus mal !

Après plus de trois heures d’attention soutenue, de surprises et de bonheur, quittant la fascinante « Allégorie de la foi », marbre très théâtralisé de Corradini (1717-1720) qui clôt la visite en ouvrant sur l’ailleurs, j’ai repensé à l’insurpassable et fameux « Cristo velato » de la chapelle Sansevero de Naples réalisé par Giuseppe Sanmartino en 1753, autre chef d’oeuvre du genre mais qui, lui, ne voyage pas.

Excellente visite à toutes et à tous !

[edit : nous n’avons pas pu le recevoir mais Éric Pagliano, co-commissaire de l’exposition, parisien, a été interviewé sur France Culture (11.2.2020)]

 

Drapé, Girodet

©MBA

 

 

émission n° 219 (mercredi 5 février)

Posté le | mar 14 Jan 2020 | Aucun commentaire

De l’histoire aujourd’hui, locale et passionnante ! Pour parler de l’exposition « La Part-Dieu, 800 ans d’histoire » (qui a commencé en septembre dernier et s’achève à la fin de ce mois de février), nous avons reçu son commissaire, Damien Richard, conservateur du patrimoine aux Archives départementales et métropolitaines. Retrouvez l’enregistrement ci-dessous avec les questions ainsi que la programmation musicale de Gérald (il a tout fait !) : vous verrez que vous aurez envie d’en savoir plus et d’aller y voir par vous-même ! Pour les annonces, nous n’avons que recommandé la Mouche (George Langelaan, 1957) aux Célestins cette semaine et Architecture (Pascal Rambert, 2019) la semaine prochaine (en même temps que Josie Harcoeur, à la Célestine du 11 au 21 février) ; à l’Opéra, Tosca est donné une dernière fois ce soir et I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky (John Adams, 1995) commencera le jeudi 13 février (à La Croix-Rousse !).

 

 

La Part-Dieu, 800 ans d’histoire

© DR

 

Archives départementales et métropolitaines

© Lyon.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

Programmation musicale :

(bon, ce premier titre n’a pas été diffusé à l’antenne mais ça a tellement l’air d’avoir été tourné à la Part-Dieu !! – et puis le deuxième, bon ben le nom du groupe dit tout !)

 

 

200205 spectaculaire 219 Archives ‘Expo PartDieu’

émission n° 218 (mercredi 29 janvier)

Posté le | mar 14 Jan 2020 | Aucun commentaire

Aujourd’hui, ç’a été poésie ! C’est le poète Patrick Dubost que nous avons reçu. Notre invité s’est présenté, a évoqué son alter ego (avatar ? hétéronyme ?…) Armand le poête, parlé de ses oeuvres (qui vont jusqu’au théâtre) et nous a même gratifié d’une création (reprise ce vendredi si vous voulez voir cette performance car, radiophoniquement seulement, ce ne peut être qu’un aperçu !) ! Retrouvez les questions et la programmation musicale (un « chant de divertissement » de Pygmées du Haut-Zaïre et « il valzer di un giorno » de Gianmaria Testa) assurées par Gérald (toujours là quand on part loin dans la création artistique littéraire et littérale !), plongez-vous dans les oeuvres de notre invité (que même Libé recommande !) – et rencontrez-le sur scène ce mercredi soir (18h30) à l’ENS pour un cycle de poésie parlée (avec Christian Prigent et Philippe Labaune) et vendredi 31 janvier (19h) dans le cadre de la Restitution Ecrits/Studio au Théâtre des Asphodèles (dans le 3e) ! Très peu d’annonces en fin d’émission : le pianiste Evgueni Kissin est ce soir à l’Auditorium pour des sonates de Beethoven (pour Mahler, ce sera plus tard : les 20-21 février pour la Première symphonie et les 22-23 mai pour la n°2) et il reste encore une semaine de représentations pour Tosca à l’Opéra de Lyon (à voir sur scène parce que la vidéo, comme dit plus haut, ne peut que donner un aperçu !).

 

traité orthographe

Dernière publication en juin 2019 (© Armand le poête)

 

© la Boucherie littéraire

 

 

Aucune description de photo disponible.

 

 

 

200129 spectaculaire 218 Patrick Dubost

 

 

émission n° 217 (mercredi 21.1.2020)

Posté le | mar 14 Jan 2020 | Un commentaire

Nous avons encore parlé de théâtre à l’occasion de Blanche-Neige, histoire d’un prince (texte de Marie Dilasser et mise en scène de Michel Raskine) qui est donné au théâtre de la Croix-Rousse toute cette semaine jusqu’au samedi 25 janvier (à des horaires jeune public : 19h30 en semaine, 16h samedi). C’est Tibor Ockenfels (le comédien incarnant brillamment Blanche-Neige !) qui a présenté cette pièce très drôle et très stimulante, sur les contes, l’amour, la vie, la planète et la lune ! Tout est à retrouver ci-dessous, l’émission et la programmation musicale. Pour les annonces, un peu de théâtre, de musique et une exposition : Olivier Masson doit-il mourir ? et Retour à Reims aux Célestins ; les Démons et Dunsinane au TNP ; le retour de Leonard Slatkin à la tête de « son » ONL à l’Auditorium ; Tosca à l’Opéra et « Drapé » au Musée des Beaux-ArtsGérald en parle ici !

en création

 

 

BN-Mag-®Julien-Louigrand2

 

Programmation musicale :

Bonus ! (en VO)

 

200122 spectaculaire 217 ‘Blanche-Neige’ Tibor Ockenfels

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